Les îles, trésors des écrivains

Mais au fait, pourquoi les auteurs aiment-ils tant situer l’action de leurs romans dans ces lieux isolés, coupés du reste du monde ?

L’île du Docteur Moreau (H.G. Wells), Sa Majesté des mouches (William Golding), La Tempête (William Shakespeare) ou bien encore Vendredi ou les limbes du Pacifique (Michel Tournier)… On pourrait continuer la liste encore un petit moment, tellement les exemples sont nombreux. L’histoire de la littérature, en tout cas, nous montre une chose : qu’elles soient imaginaires ou réelles, les îles y occupent une place significative. « Ce sont de véritables procédés littéraires, dont les limites naturelles aident à façonner et à structurer un récit », confirme l’écrivain et journaliste britannique Ben Myers.

Epreuve psychologique…

En la matière, l’une des références ultimes est bien évidemment Robinson Crusoe. Dans le roman de Daniel Defoe, l’île tient même l’un des rôles principaux. C’est quand Robinson se rend compte qu’il est encerclé par l’eau que l’horreur de sa situation devient évidente. L’île, qui n’était alors qu’un lieu comme un autre, se transforme en adversaire, contre lequel il va falloir lutter.

Et pour Robinson, le plus dur n’est pas alors l’épreuve physique à laquelle il va devoir faire face. Le test le plus éprouvant, ce sont bien les souffrances psychologiques dues à son isolement. « Bien évidemment, plus l’île est petite, plus l’impression d’enfermement est grande, reprend Ben Myers. Le sentiment d’oppression ne serait pas du tout le même si l’île se trouvait être la Grande-Bretagne ou le Groenland. »

… et lieu de contemplation

Si l’île peut servir à tester la résistance humaine, si elle peut se révéler être un lieu où la loi et la morale sont mises à rude épreuve, elle peut aussi se révéler bienveillante. « Elles peuvent être des paradis perdus, qui éveillent à la poésie et à la contemplation, » abonde Ben Myers, qui cite en exemple les œuvres pour enfants de la finlandaise Tove Jansson. « Même entourés par la mer et coupés du continent, ses personnages ne s’ennuient jamais, car la proximité avec la nature les rend heureux, raconte l’écrivain. C’est aussi pour eux l’occasion d’apprendre à mieux se connaître. »

Au-delà de ce rôle ambivalent, Ben Myers constate que l’île change peu à peu de fonction littéraire. « Dans les siècles passés, elle servait de prisons pour les marins échoués ou d’excuse pour questionner les valeurs chrétiennes, explique-t-il. Mais aujourd’hui, alors que les distances se raccourcissent et que le monde devient plus petit, la solitude de l’île n’est plus une punition. Elle ressemble de plus en plus à un refuge, un endroit unique où se raconter des histoires… »

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4 thoughts on “Les îles, trésors des écrivains

  1. Daniel

    Contrairement à ce qu’on pense souvent, la mer n’est pas une barrière… c’est un pont ! Une île est un morceau de terre à la fois isolé et bien mieux relié au monde et à l’univers.
    Je suis un amoureux des îles que l’on atteint après longtemps de voyage et de rêve. Deux de mes livres racontent des îles. Le petit livre de contes « Histoires bleu marine » et mon dernier recueil « L’île secrète » qui fait partie de la sélection 2011 pour le Prix du livre insulaire d’Ouessant…
    Et oui, les îles ont leur prix littéraire et leur salon ! (Salon international du livre insulaire du 20 au 24 août sur l’île d’Ouessant).

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