Les éditeurs sous le feu des critiques

Présents aux Rencontres nationales de la librairie, les éditeurs ont dû faire face aux attaques des libraires, notamment sur le taux des remises de prix.

« Nous sommes en train de crever ». Ce cri d’alarme, c’est celui de Maya Flandin, une libraire lyonnaise. Avec plus de 400 de ses confrères venus de toute la France, elle était présente, les 15 et 16 mai derniers, aux Rencontres nationales de la librairie. Deux jours au cours desquels on a évoqué le futur des libraires. Un avenir loin d’être rose…

En préambule à ces rencontres était parue une étude sur la situation économique des libraires indépendants (2003-2010). Commandée par le Syndicat de la librairie française (SLF) et le ministère de la Culture, elle indiquait une sévère détérioration de cette situation. Elle montrait aussi une dégradation des relations entre libraires et éditeurs. En cause, notamment, la question des prix et, plus précisément, le niveau des remises commerciales.

Pour une révision du modèle économique

Le sujet, bien évidemment, n’a pas manqué d’être abordé lors de ces deux jours. On lui a même consacré toute une matinée. Mais la question a débordé sur l’ensemble de la manifestation. Nombreux ont ainsi été les libraires à demander une révision du modèle économique actuel.

Selon eux, la loi Lang sur le prix unique du livre les place actuellement dans un état insupportable de dépendance vis-à-vis des éditeurs et des diffuseurs. « Vous décidez de notre assiette de rémunération via la fixation des prix, mais encore de l’allure des couverts en fixant aussi les remises », a ainsi lancé Anne Branger, libraire à Billom (Puy-de-Dôme).

D’autres, plus nuancés, ont regretté une mauvaise interprétation de la loi par les éditeurs. « Les libraires se sont bien approprié l’esprit de la loi Lang en misant sur la dimension qualitative de leur offre, explique Jean-Marie Ozanne, libraire à Montreuil (Seine-Saint-Denis), [mais] les éditeurs l’ont perdu de vue, privilégiant le quantitatif au qualitatif ».

Une remise unique pour tous les libraires ?

Si peu de représentants des grandes maisons d’édition se sont déplacés, les messages des libraires ont été entendus… et parfois même repris. Tandis que Francis Lang, directeur commercial d’Hachette Livre, refusait d’évoquer la question des remises de base – « Nous devons aller au-delà pour régler la problématique de l’amélioration de la marge commerciale », a-t-il déclaré –, Laurent Beccaria (éditions Les Arènes) a abondé dans le sens des libraires.

Il a ainsi dénoncé la séparation croissante entre libraires et éditeurs, au profit des diffuseurs, à qui revient la maîtrise des conditions commerciales. Il a appelé ses confrères indépendants à reprendre la main sur les remises et à « proposer un effort spectaculaire pour améliorer les marges des libraires, voire définir une remise unique pour tous ».

De son côté, Antoine Gallimard, par ailleurs président du Syndicat national de l’édition (SNE), s’est contenté d’une déclaration d’intention générale, annonçant vouloir « restaurer les marges de manœuvre de la librairie (…) et trouver des pistes pour améliorer sa rentabilité ». Un pas que lui a emboîté Frédéric Mitterrand. Le ministre de la Culture a simplement demandé aux éditeurs de donner « des orientations claires à leurs prestataires de diffusion pour réajuster les politiques commerciales dans un sens plus conforme à l’esprit de la loi ».

L’union fait la force

En ce qui concerne les solutions, elles sont surtout venues des libraires eux-mêmes. Matthieu de Montchalin, installé à Rouen (Seine-Maritime), a ainsi proposé plusieurs axes de travail. Parmi eux, un qui semble se développer petit à petit : celui de la mutualisation des outils et des informations. « C’est en regroupant nos forces que nous pourrons proposer une offre qui aura du sens et du poids face à celles des grandes surfaces [culturelles] périphériques », a conclu Michel Clair, libraire à Creil (Oise).

(d’après Livres Hebdo)

Sur le même sujet, lire aussi : La confiance s’érode entre libraires et éditeurs

Partagez cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.