Les écrivains peuvent-ils (vraiment) se lâcher ?

 

Sur quel sujet vous êtes-vous « lâchés » dans votre dernier livre ?
François Begaudeau, La politesse (ed. Verticales, 2015) :  Je décris tout un champ littéraire dévolu à la cause des livres, mais dans lequel ils sont absents. Mon narrateur, romancier, constate ce vide. Il est passif et subit les choses. Puis il tente des contre-attaques, mais elles sont vaines. On sait tous qu’un modèle est arrivé à l’extinction dans ce secteur. Enormément de choses se produisent qui ne se vendent pas. Je montre également que ce milieu est très nerveux : il n’invite ni à la sympathie, ni à la politesse.

Titiou Lecoq, La théorie de la tartine (ed. Au diable vauvert, 2015) : « Toutes les générations ont cru à une utopie et se sont pris le réel dans la figure. Pour moi, il s’agissait d’Internet. Mon propos consister à montrer la société française et comment on se débrouille aujourd’hui.

Que pensez-vous du rôle de l’écrivain ?
François Bégaudeau : Les écrivains n’ont jamais eu d’influence sur leurs époques. Beaucoup d’écrivains sont en permanence sollicités pour donner leur avis : on en fait des boîtes à opinions. On considère qu’ils ont une expertise particulière sur la société : on leur donne beaucoup d’audience. On le convoque en tant qu’intellectuel, non en tant qu’auteur. Depuis Zola, l’écrivain est celui qui intervient sur la place publique. On écoute beaucoup trop les intellectuels, alors que la littérature n’est pas conviée. Houellebecq est convié car il fait de la littérature à idées, qui croise nos questionnements sociaux. Mais le problème de l’auteur est que personne ne le lit ! Finalement, notre pays sacralise d’autant plus la littérature qu’il ne la pratique pas.

Titiou Lecoq : Il est vrai que Houellebecq est invité pour le personnage Houellebecq, non pour l’écrivain. Les auteurs sont des bons clients dans les médias pour leur maîtrise du langage, qui génère des bons mots.

Serge Joncour, L’écrivain national (ed. Flammarion, 2014) Un écrivain peut être perçu de plusieurs manières. Les libraires et les enseignants le considèrent avec une certaine révérence. Certains lecteurs veulent lui parler en espérant qu’il raconte leur vie, d’autres l’évitent de peur qu’il s’empare de leur histoire pour en  faire un livre.  Les gens se demandent ce que l’on va faire d’eux.

Quel est votre rapport à l’écriture ?
Titiou Lecoq : J’écris tout, du moment que je l’écris correctement. Ma seule question est : est-ce que je peux réussir à le faire ? Les scènes de sexe sont particulièrement difficiles d’un point de vue stylistique. Par la suite, l’histoire s’écrit d’elle-même : je ne pensais pas que la deuxième partie de mon roman serait si sombre.

François Bégaudeau : Un écrivain écrit. Il aura fait le boulot s’il donne du bonheur au lecteur. Sa politique est donc d’écrire de bons livres, celle du lecteur est d’y prêter attention.

Serge Joncour : Ecrire est une conversation permanente avec soi-même. Il y a alors pour moi un enjeu essentiel : vais-je aller au bout ou pas ? Puis il y a l’édition, ce processus un peu miraculeux. Ensuite, j’ai des livres vendus, d’autres pas. J’ai publié une douzaine de livres, trois ont marché. L’incertitude absolue de l’écriture et de la réception m’intéresse.

propos recueillis lors du Salon du livre de Paris 2015 (Crédits photo : ©Marcos Poidebard)

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