Les auteurs de livres pour enfants sont-ils sexistes ?

Il n’y a pas qu’en grammaire que le masculin l’emporte sur le féminin. Il y a aurait aussi bien plus de héros que d’héroïnes dans la littérature enfantine.

Alice, Fantômette et Martine vont peut-être devoir unir leurs forces si elles veulent remporter ce combat-là. Une étude récente, menée par des chercheurs de l’université publique de Floride (Etats-Unis), vient en effet de mettre en évidence le fait que les personnages principaux des livres pour enfants sont majoritairement de sexe masculin (57 %). Les protagonistes seraient de sexe féminin dans 31 % des cas, des animaux mâles dans 23 % des histoires et des animaux femelles dans seulement 7,5 % des récits. Elle montre aussi – et tout de même – que la tendance est à l’amélioration depuis le début des années 1990, au moins pour les personnages humains. Le ratio serait en effet proche de 50/50 depuis vingt ans.

« Une annihilation symbolique des femmes et des filles »

L’enquête, qui porte sur plus de 6 000 ouvrages de littérature enfantine sortis entre 1900 et 2000, a été publiée début avril dans la revue américaine Gender & Society. Elle est basée sur trois sources principales : les lauréats de la médaille Caldecott (qui récompense tous les ans aux Etats-Unis, depuis 1938, le meilleur livre illustré pour enfants) ; les ouvrages de la collection « Little Golden Books » ; et le Children’s Catalog, qui recense tous les livres à destination des plus jeunes.

« Le message qui est véhiculé par ces ouvrages contribue à modeler la perception des enfants sur ce que signifie être un garçon, une fille, un homme ou une femme », souligne Janice McCabe, co-auteure de cette étude. « Les disparités que nous relevons tendent à montrer l’annihilation symbolique des femmes et des filles – et en particulier des animaux femelles, dans la littérature enfantine du XXe siècle, poursuit-elle. C’est grave, car cette surreprésentation des héros masculins risque d’encourager les enfants à accepter l’invisibilité des femmes et des filles et à croire qu’elles sont moins importantes que les hommes et les garçons, renforçant ainsi le système sexiste. »

Des livres pour garçons trop stéréotypés

Melvin Burgess, qui a remporté la médaille Carnegie (NDLR : une récompense britannique pour les auteurs de littérature enfantine) et met régulièrement en scène des personnages féminins, dénonce « les préjugés du monde de l’édition, selon lesquels les filles préféreraient lire des livres avec des héros masculins, tandis que les garçons refuseraient de s’attacher à des héroïnes. » « Il est triste de constater que les ouvrages pour les petits garçons ont tendance à verser rapidement dans les stéréotypes : les hommes d’action, les brutes épaisses, etc. », soupire-t-il encore.

« Les livres qui s’adressent aux garçons exaltent de plus en plus la violence et la fantasy », confirme Anne Fine, elle aussi ancienne lauréate de la médaille Carnegie. « En revanche, ils comportent très peu d’humour (à part les blagues potaches) et d’histoires familiales, s’alarme-t-elle. Si vous offrez aux garçons une vision aussi étroite du monde, ils vont finir par croire que la famille, les sentiments, etc, ça ne les concerne pas. »

La quantité, non, mais la qualité, oui

Pour certains, le pouvoir des femmes dans la littérature enfantine se mesure plutôt au nombre d’auteures qu’on y trouve. « Des écrivaines comme Enid Blyton (Le club des cinq), JK Rowling (Harry Potter) ou Stephenie Meyer (Twilight) ont influencé – et continueront de le faire – des générations d’enfants, soutient l’écrivain Frank Cottrell Boyce, vainqueur de la médaille Carnegie en 2004. Alors peu importe leur nombre en fait, tant qu’il y a la qualité. »

(d’après The Guardian)

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