L’écriture selon Salman Rushdie

Salman Rushdie est un essayiste et romancier britannique d’origine indienne, né en 1947. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique. Objet d’une fatwa de l’ayatollah Khomeini depuis le 14 février 1989, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et contre l’obscurantisme religieux. Dans un entretien avec le magazine français Lire, il parle de sa vocation d’écrivain et de l’évolution de son écriture :

Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ?
Mes parents m’ont dit, que dès mon plus jeune âge, je disais que j’allais devenir un écrivain célèbre. Je n’en ai aucun souvenir, mais je les crois. C’est quelque chose qui m’a ainsi hanté, même si je ne me rendais pas compte de ce que cela signifiait réellement. Après Cambridge, j’ai griffoné pas mal de choses mais je n’arrivais jamais à un résultat fini. J’abandonnais facilement une histoire en cours de route, pour ne jamais la reprendre. Aussi, je souffrais d’un problème d’identité, par rapport à mes origines, et c’est sans doute la raison pour laquelle j’ai écrit Les Enfants de minuit. J’avais besoin de retrouver l’Inde que j’avais connue, qui faisait partie de moi, tout en assumant qui j’étais alors et où je vivais. Il fallait que je revienne sur les lieux de mon enfance, et que je fasse un travail mémoriel. Evidemment, au fur et à mesure, le projet a pris d’autres directions et une autre ambition…

Avez-vous la sensation d’avoir évolué dans votre écriture ?
Bien entendu. Mais ce n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, à cause de la fatwa. Vous commencez à écrire à un certain endroit, puis vous voyagez, vous abordez d’autres langues, etc… Alors nous changeons et notre écriture aussi. A mes débuts, j’avais besoin d' »indianiser » mes textes – le sujet l’imposait, dans Les Enfants de minuit. Mais je me suis aperçu que c’était un gadget, un truc. Dès lors, il fallait que j’arrête et,  spontanément, j’ai trouvé refuge dans une écriture plus baroque, excessive. Et je suis passé à autre chose. Les Versets sataniques n’ont pas grand rapport avec Shalimar le clown ! Enfin je crois que, plus généralement, je n’ai pas envie de me répéter, de faire le même livre, comme P.G. Wodehouse – (rires) même si, évidemment, ça peut avoir son charme…

Au fait, comment travaillez-vous ? Comment vous lancez-vous dans l’écriture d’un roman ?
Je commence toujours par prendre beaucoup de notes et par réunir une documentation abondante. Grâce à ça, l’idée générale du livre commence à se préciser. Il faut aussi que j’aie une architecture générale du récit assez précise même si je sais très bien, dès le départ, qu’il y aura de nombreux chamboulements. Au fil de l’écriture, certains personnages que je pensais secondaires, vont prendre une place bien plus importante, des sous-intrigues qui paraissaient sans intérêt vont se révéler très utiles – et inversement. Aussi, il m’arrive de mieux comprendre certains de mes héros, de découvrir des choses sur eux que je n’imaginais pas et qui changent ma manière de les voir… La littérature, c’est une permanente métamorphose. Et c’est ça qui me plaît.

(source : Lire, décembre 2012-janvier 2013, interview de Salman Rushdie réalisée par Baptiste Liger)

Partagez cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.