L’écriture selon Ray Bradbury

Décédé le 5 juin 2012 à l’âge de 91 ans, l’américain Ray Bradbury était un écrivain de science-fiction, adepte du roman d’anticipation. On lui doit notamment Fahrenheit 451 (Denoël, 1955). Il a également écrit de nombreux recueils de nouvelles. 

 

Quand avez-vous commencé à écrire ?
Dès l’âge de 12 ans, j’ai commencé en imitant Edgar Allan Poe. J’écoutais aussi beaucoup de fictions à la radio et, dès que l’émission se terminait, je réécrivais, de mémoire, le scénario. J’ai ensuite passé la plupart de mon temps dans des bibliothèques, je m’y suis trouvé. J’ai découvert que les bibliothèques sont la véritable école. Contrairement à l’école, les bibliothèques sont ouvertes, elles ne vous disent pas de lire Henry James ou John Irving. Et si je n’ai pas envie d’écrire comme Henry James ou John Irving ? Les bibliothèques vous laissent le choix.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Je lis également beaucoup de poésie. J’ai étudié la poétesse Eudora Welty, qui vous donne à la fois une atmosphère, un personnage et une action. Et le tout en une seule ligne ! Comment fait-elle ? Quels adjectifs, quels verbes, quels noms emploie-t-elle ? Il faut étudier ces talents pour être un bon auteur. Mais le style ne fait pas tout, j’accorde beaucoup d’importance aux idées. Je trouve mes idées de romans et de nouvelles dans l’actualité et dans les histoires anciennes. Mais je ne reste pas ancré dans le réalisme. Nous savons ce qu’est le monde, nous connaissons la douleur, la souffrance, la mort. Cela ne sert à rien de les raconter encore. Imaginons plutôt ce qui permet d’en sortir. Imaginer ce qui est possible et pas impossible, c’est ça la science-fiction. Dès que vous avez une idée qui change ne serait-ce qu’une petite partie du monde, vous écrivez de la science fiction.

 

Comment écrivez-vous ?
J’utilise souvent la métaphore de Persée et de la Méduse quand il s’agit d’écrire de la science-fiction. Tout comme le monstre, il ne faut pas regarder la vérité droit dans les yeux. Il faut regarder derrière votre épaule, dans le bouclier réfléchissant et alors couper la tête de Méduse d’une seule traite. Il en est de même pour la science-fiction, ce n’est pas regarder vers le futur, c’est regarder dans le reflet de ce qui est en face de nous. Il faut avoir une vision « en ricochet » et non frontale, c’est ce qui permet aux auteurs de ne pas se prendre trop au sérieux et de ne pas se croire supérieurement intelligents.

 

Quel conseil donneriez-vous à de jeunes auteurs ?
Je les encourage à écrire une nouvelle en une journée. Ainsi la nouvelle aura sa propre intensité, sa propre vie, sa propre raison d’être. Si une idée vous vient à une heure précise, il y a une raison. Alors n’attendez pas, prenez-la et voyez jusqu’où elle vous mène. Coupez vos téléphones, isolez-vous et écrivez toute une histoire, de 200 ou 300 mots. Si vous attendez, vous allez vouloir intellectualiser l’idée, essayer d’en faire quelque chose de trop sophistiqué, vous allez avoir envie de trop plaire. Je pense donc que c’est un bon exercice. Pour les romans, il est difficile de tenir sur la durée au niveau de l’intensité, c’est pourquoi je conseille d’écrire la grande vérité en premier, toutes les petites vérités peuvent être écrites après, elles seront comme attirées par l’histoire principale.

Sur le thème de la science-fiction, vous pouvez également lire notre article : Six conseils pour écrire de la science fiction

Sources :
TheParisReview.org
Telerama.fr

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