L’écriture selon Michel Houellebecq

En 1994, le premier roman de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, est publié par Maurice Nadeau après avoir été refusé par de nombreux éditeurs. L’écrivain devient alors le précurseur d’une génération d’auteurs décrivant la misère affective de l’homme contemporain. En 2010, Michel Houellebecq publie La Carte et le Territoire chez Flammarion et obtient le prix Goncourt. A l’occasion de la sortie de ce livre, Le magazine Les Inrockuptibles avait rencontré l’écrivain qui parle de son rapport à l’écriture.

Les personnages

« J’écris par ramifications, sur plusieurs blocs, à la main. Certains blocs contiennent des ajouts pour compléter les chapitres du livre. Parfois, il faut bouger des éléments pour que la construction tienne, rajouter de petits paragraphes temporels. Je me lance dans l’écriture avec pas grand-chose, car au fond, ce qui joue chez moi un rôle dominant et que j’ai du mal à ne pas laisser prendre le dessus, ce sont les personnages. (…) Je ne les contrôle pas très bien. Aucun écrivain ne contrôle vraiment ses personnages. »

L’idéal d’un romancier

« Le romancier idéal n’a pas besoin que tout se rattache à lui. Moi, j’en ai un peu besoin. Pas tant que ça mais un peu quand même. C’est une faiblesse parce que ça me limite. Par exemple, dans La Carte et le Territoire, on trouve un personnage furtif, la troisième fortune mondiale : j’aimerais connaître mieux ces gens. A ce niveau de richesse, tu dois forcément avoir une autre vision du monde. J’aimerais aussi comprendre davantage la vie des SDF. Comme je ne connais pas tout ça, je m’en tiens à des personnages et des situations où je peux projeter un peu de moi. Voilà pourquoi Balzac était meilleur que moi : il ne se limitait pas. »

La place du lecteur

« Finalement, il est plus sain d’écrire comme Dostoïevski ou Victor Hugo, qui font des tartines interminables, qui ne se privent de rien, que d’écrire en se retenant constamment comme Conrad ou Flaubert. (…) La question la plus importante en écriture, c’est le travail supposé du lecteur. Tantôt tu changes de cap brutalement et tu te dis que le lecteur comblera les vides ; tantôt tu l’accompagnes, tu l’enveloppes… Là, j’ai choisi de l’accompagner. Sans raison esthétique, juste pour me prouver que j’étais capable de le faire. »

Retrouvez l’intégralité de  l’interview de Michel Houellebecq réalisée par Nelly Kaprièlian sur le site des Inrocks : Houellebecq : “Ce livre sera peut-être mon dernier »

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One thought on “L’écriture selon Michel Houellebecq

  1. florent

    J’adore ce genre d’article interview. C’est tellement enrichissant de connaître un peu la vision des autres écrivains. C’est fascinant je trouve.
    « Aucun écrivain ne contrôle vraiment ses personnages. » JE trouve ça très juste et je l’écrivais sur mon blog il n’y a pas si longtemps.

    Si je peux me permettre j’ai réalisé une interview de Gilbert Gallerne si ça intéresse quelqu’un de passage c’est ici : http://florentmarotta.com/interview-de-gilbert-gallerne/

    Flo

    Reply

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