L’écriture selon Laura Kasischke

Il y a les éditeurs qui éditent ce qu’ils auraient voulu écrire et puis il y a les écrivains qui écrivent ce qu’ils aimeraient lire. Laura Kasischke fait partie de ceux-là. Elle ne pense pas avoir un rôle spécifique en tant qu’écrivain… Dans une interview accordée au  magazine français Lire,  l’auteure américaine parle de sa position d’écrivain et de son processus d’écriture. Elle donne également des conseils aux écrivains en devenir.

Pour vous, quel est le rôle d’un écrivain ? Que peut faire un roman ?
Laura Kasischke : Je ne crois pas au rôle de l’écrivain. Ou plutôt je ne me vois pas comme ce genre d’écrivain. Pour moi, écrire, c’est traiter mes propres expériences. Je m’assieds seule dans une pièce pendant une heure ou deux et j’écris, tout simplement. J’ai donc un rôle minime. Ma vie en tant qu’écrivain a lieu entre moi et mon stylo ou mon ordinateur. Je ne pense pas que j’aie vraiment un rôle à jouer. Les gens que je croise tous les jours ne savent pas que je suis écrivain, je n’en parle pas… J’enseigne l’écriture à l’Université, donc, bien sûr mes étudiants sont au courant, mais c’est une partie totalement séparée de ma vie. Non, franchement, je n’ai pas l’impression d’avoir un rôle en tant qu’écrivain. Mon unique rôle est d’écrire et, si je peux de publier. Je n’essaie jamais de faire passer un message quand j’écris. Je ne m’assieds jamais en me disant que je vais réfléchir sur mon époque ou en saisir quelque chose, délivrer quelque leçon. Je m’intéresse à l’expérience sensorielle et je tente de la traduire sur une page parce que j’aime plus que tout les images, les métaphores et les atmosphères. En tant qu’écrivain, je suis d’abord une lectrice : j’écris ce que je voudrais lire.

(…)

Comment écrivez-vous ?
Laura Kasischke : J’essaie d’écrire tous les jours. C’est difficile, surtout avec une famille et les responsabilités que cela entraîne, mais j’essaie de m’asseoir à mon bureau et d’écrire. Si je n’écris pas pendant une journée, alors je me sens mal. C’est une sensation physique. Du coup, le jour suivant, j’écris encore plus longtemps, jusqu’à ce que cette sensation de mal-être se dissipe. Quand j’écris de la poésie, j’écris à la main et dans un carnet. En tout cas je commence ainsi et après je vais sur l’ordinateur. Mais quand j’écris un roman, c’est toujours sur l’ordinateur. Je ne sais pas comment les gens écrivaient leurs romans avant la naissance du traitement de texte ! Je ne sauvegarde jamais mes brouillons. Je reviens en permanence sur ce que j’ai écrit, je coupe énormément, je ne regarde jamais ce que je viens d’écrire et de couper et je recommence. Couper est un des choses qu’un écrivain doit très tôt apprendre à faire.

Par quoi commencez-vous ? Par l’intrigue, par les personnages, par les mots ?
Laura Kasischke : Non, je ne dirais pas que ce sont les mots. Pour mes premiers romans, l’élément déclencheur était un lieu ou une saison. Je débutais mes livres par ça. Le printemps, par exemple, bien décrit sur quelques lignes, en ouverture d’un roman me semblait l’incarnation parfaite de la féminité. (…) beaucoup de mes romans se déroulent dans ce pays (les Etats-Unis) dans le Midwest, mais il faut surtout retenir qu’ils se déroulent à des moments précis de l’année dans le Midwest : ici on passe d’un hiver extrêmement rude à un printemps très doux en quelques jours, quelques heures, et je voudrais faire sentir au lecteur ce moment, cette transition qui n’existe sans doute nulle part ailleurs. Je voulais introduire ça dans mes romans. Le passage à un printemps vraiment dramatique. Je voulais capturer l’odeur du gazon tel qu’on le sent. Mes romans A Suspiscious River et Un oiseau blanc dans le blizzard fonctionnent sur ce principe : d’abord poser le temps, la saison, puis viennent les personnages et leur histoire. C’est pour moi le défi le plus exaltant.

Retrouvez l’interview intégrale de Laura Kasischke réalisée par François Busnel dans le magazine Lire du mois d’octobre 2011.

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