L’écriture selon Christine Angot

Pour la rentrée littéraire de septembre, Christine Angot  livre son roman autobiographique Une semaine de vacances (Flammarion). Lors d’une interview au micro de la radio France Inter, elle a commenté son processus d’écriture :

Pour écrire, il faut essayer

«Vous savez, il faut essayer, pour écrire il faut essayer. Il faut essayer. Il faut s’asseoir sur une chaise, devant un ordinateur ou avec une feuille de papier et un crayon, tout dépend des gens, de ce qu’ils aiment bien. Et puis il faut le faire, il faut essayer, et puis voir ce que ça donne, voir si ça produit quelque chose, si ça a l’air vrai, si ça fait réel, si ça produit quelque chose qui existe sur la page, ou si la page est morte. Si la page vit, si la page bouge, ou si… ou s’il n’y a rien dedans.»

Transporter la vie sur une page

«Dans l’intention, rien. Aucune intention. Il faut juste essayer de voir si la page peut avoir du relief, si la page peut exister par elle-même, sans aucun autre secours, sans intention, justement, sans votre intention. Si la vie, vous pouvez la transporter sur une page. Si ça peut être là. Quand je dis la vie, je ne veux pas dire : la réalité ou je ne sais quoi. Non ! Est-ce que, ce qu’on sent de très vivant – parce qu’on a tous la sensation que la vie ça existe, qu’il y a des choses qu’on vit, quoi, qu’il y a des moments vivants – est-ce que l’intensité vivante… la page peut en témoigner.  Ça n’est pas autre chose, la littérature.»

La littérature, c’est silencieux

« Après, suivant la ponctuation, si vous mettez une virgule à un endroit ou à un autre, la phrase ne va pas s’entendre de la même façon. Vous n’allez pas entendre en plus fort. La littérature c’est silencieux. Il y a quand même des trucs qu’on entend plus fort et des trucs qu’on entend moins fort. Comment ça se règle ? Moi aussi j’ai une table de mixage ! »

Créer un espace hors du réel

« Ecrire, ce n’est pas être là et avoir des états d’âme et les ressentir. Non, ce n’est pas ça. Ecrire, c’est quelque chose où vous n’êtes plus dans le réel, et là, très très fortement, vous êtes disponible pour créer un espace qui est un autre espace, qui n’existe pas. Un autre espace, quelque chose de complètement autre. En revanche tout ce que je peux vous dire, c’est que ce moment de délire, c’est comme dans la psychose où vous êtes absent du réel, sauf que comme je ne suis pas… ce n’est pas ma structure… la psychose, ce n’est pas mon état profond, ce n’est pas ma nature profonde. Je peux vous dire une chose : c’est que certes je l’ai écrit dans une grande froideur, puis à  un moment donné je suis revenue. Je suis revenue. Je suis là aujourd’hui. »

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Christine Angot réalisée par la journaliste Pascale Clark pour France Inter  le 6/9/2012

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6 thoughts on “L’écriture selon Christine Angot

  1. L'orangie

    @Gilles et @JL Michel : Angot est ce que BHL est au débat d’idées ; un punching ball bien commode qui n’a d’autre effet que d’accentuer encore leur caricature. Je n’ai d’action ni chez l’une ni chez l’autre ; le dernier roman d’Angot – que je n’ai pas lu – semble diviser les critiques, mais je persiste à penser que cette écrivaine a une voix intéressante même s’il est probable, du fait de sa personnalité – et c’est à mettre au crédit de ses détracteurs – qu’elle se caricature en de maintes occasions elle-même.

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  2. yox

    En positif, il y a un témoignage chez Angot, d’une réalité criminelle aussi effrayante que fréquente, encore plus part le passé (dans les campagnes, on a estimé que l’inceste touchait jusqu’à 17% des jeunes filles). La question ensuite, c’est de savoir ce qu’apport son récit. Il est toujours difficile de critiquer un écrit, c’est si difficile d’écrire. Mais le fait est que ses descriptions « cliniques » n’apportent rien à la question, et ne déclenchent rien du côté de la révolte et de l’opprobre sur le phénomène. Christine Angot est une narcissique frappée de perversité, quelque chose qui ne peut plus relever de la psychanalyse comme chacun sait : elle est brisée. Elle a tous les symptômes de cette pathologie, à commencer par dévaster la vie de proche dans ses autres romans. Ce qui donne cette femme au fond froide, très dure, hystérique par moment. Si elle devient folle, je n’en serai pas étonné.
    Une semaine de vacances : 100 pages, écrit en gros, avec des marges de 7 cm… une litanie de pratique sexuelle sans valeur autre qu’apprendre qu’elle se passe entre le père et la fille. Du malheur sans commentaire. Quelque chose qui n’apporte rien. Sauf aux tenants du mal, qui peuvent contempler qu’on peut agir ainsi et ne rien produire d’autre qu’un couinement intérieur.
    Alors finalement, « beaucoup de bruit pour rien »… une promotion énorme pour quoi ? 40 000 ex. Et puis surtout, la question : qu’écrire après ? On le verra : ce sera rien.

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