Le numérique va-t-il précipiter le divorce libraires – éditeurs ?

La décision des grandes maisons d’édition françaises d’ouvrir leurs catalogues aux acteurs du numérique porte un coup très dur aux libraires. La fin d’une relation spéciale ?

Ce n’est pas la première crise, mais celle-ci va endommager encore un peu plus des relations déjà bien détériorées. Depuis près de 40 ans, le couple éditeurs – libraires connait pas mal de soubresauts. Les clubs de lecture, puis les grandes surfaces (super- et hypermarchés) et maintenant les libraires en ligne… tous ces nouveaux venus ont bien entamé la confiance des libraires envers les grandes maisons d’édition. Et la récente décision de ces dernières (Hachette Livre, Editis, Flammarion, Gallimard, Albin Michel, le Seuil…) d’ouvrir leurs catalogues aux géants américains du numérique – Apple, Google et Amazon -, ne risque pas d’arranger les choses. Bien au contraire.

Pour les professionnels de l’édition, l’ouverture à de nouveaux acteurs – et à un nouveau support – était vitale. Une opportunité à ne pas manquer de « contrebalancer la puissance des géants du net américains », de « relancer des ventes stagnantes et de conquérir des jeunes générations de lecteurs », écrit le quotidien les Echos. Mais la décision n’était pas uniquement économique selon eux. « Si nous ne nous lancions pas, [les auteurs] pourraient nous le reprocher », explique Antoine Gallimard, président des éditions éponymes et du Syndicat national de l’édition (SNE).

« Les petits libraires doivent mutualiser les moyens »

Et quand on les interroge sur l’avenir des libraires, les maisons d’édition ne semblent pas s’en soucier outre mesure. « C’est, selon elles, aux libraires de prendre leur destin en main pour s’adapter à cette nouvelle donne », résume le journal économique. Ces derniers en ont visiblement pris conscience, car la riposte s’organise. La Fnac a ainsi prévu de lancer avant Noël une nouvelle liseuse. « Et pour les petits libraires, il faut mutualiser les moyens », soutient Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française (SLF).

Lui, comme le rapporte les Echos, espère beaucoup du projet de « nuage », actuellement en développement. « L’idée : permettre au lecteur de retrouver les livres [numériques]choisis chez son libraire ou sur son site sur n’importe quel terminal », qu’il s’agisse d’une tablette, d’un téléphone portable ou d’un ordinateur. Seulement, le projet aboutira au mieux fin 2012.

Des arguments à faire valoir

Alors quoi faire en attendant ? Eh bien, ne pas désespérer. Comme le souligne le quotidien économique, le futur reste encore flou. « Si certains imaginent que, dans cinq ans, les ebooks (…) pourraient capter entre 10 et 15 % de l’édition en France, personne ne sait à quel rythme le basculement va réellement s’opérer », raconte-t-il, tout en rappelant la force du réseau des libraires en France. Ainsi, d’après certains chiffres, les petites librairies indépendantes représenteraient encore 46 % dans le chiffre d’affaires de l’édition.

Sans compter que les libraires ont encore d’autres vrais atouts dans leurs mains. « Sans eux, on serait dans l’impasse pour vendre un roman qui ne brille ni par la peopolisation ni par la notoriété de son auteur », reconnaît Manuel Carcassonne, chez Grasset. Et Olivier Bétourné, président des éditions du Seuil, de renchérir : « En jouant la qualité et la diversité, ils resteront indispensables. »

(d’après les Echos)

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