Le gouffre

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Mes pieds piétinèrent la terre sans ménagement, montrant mon hésitation. Je sais ce qui allait se passé. Pourtant, la peur se fraya un chemin dans mon âme, prête à tout pour m’arrêter. J’étais, je l’espère, assez forte pour la contrer. Pour ne pas reculer.
Je réfléchissais à ce qui m’avais poussée ici. De tout évidence, j’étais folle. Mon corps était assez d’accord. Quelqu’un de censé ne saute pas du bord d’un gouffre. C’était contre nature. L’idée me fait sourire. Si quelqu’un était bien disparate, c’était moi. Dans mon physique, dans mes choix, dans mes amis.

Son visage couvert d’ecchymose flotta une nouvelle fois devant moi. Mon expression se fait plus dur. Oui, c’est pour toi que je suis là. Prête à faire l’impensable. Tu rirai de moi, à me voir là. Tu dirais dans un sourire que j’en suis incapable, et tu m’éloignerai du bord en me taquinant pendant des jours que ça ne sert à rien de vouloir te ressembler.
Ton absence est insupportable. Une blessure qui se fermera jamais. C’est pour ça que je suis prête à tout pour me rapprocher de toi. Au point de jouer avec ma vie.
Malgré moi, les souvenirs de cette journée revient comme un boomerang. Un écho qui ne me laisse jamais en paix. J’entends les sirènes . Le mouvement des médecins pour te ramener. L’horrible bruit de l’élastique. Et, ton sourire heureux gravé à jamais sur ton visage mutilé. Tu avais savourée une dernière fois l’adrénaline, comblé d’effectuer un dernier envole sans te soucier des personnes que tu laisseraient. Un aigle glorieux qui déploies ses ailes sans nous laisser le temps de dire au revoir. Tu es un mirage, un moment déjà passé. Depuis, il ne reste plus que des âmes fracassaient et dévastés. Ton père, ton frère tous se sont brisé. Involontairement, la beauté de ton envol a laissé une trace indéfinissable en moi. Pourtant, la colère s’empare encore de moi. Tu étais encore trop jeune. Nous avons encore tant à faire. Aujourd’hui encore, je crois que je te hais.
Je retourne à la réalité. Mon cœur cogne fort et de façon irrégulière. Un tambour de rythme résonnant presque dans les tréfonds du vide. Comment aurait-il put en être autrement ? J’étais coincé à des mètres d’altitudes, indécise. Si je sautais, il me faudrait une pulsion presque suicidaire qui frôlait la folie. Un courage d’une inconsciente que je ne suis pas sûr d’en faire parti. Seulement, si je renonce ton souvenir me hantera à jamais. J’ai besoin de comprendre. S’il me faut du courage pour sauter, il m’en faudra encore plus pour renoncer. Ne pas te comprendre m’est intolérable. Simplement, je n’arrive pas à faire ce pas. Le courage m’avait de tout évidence abandonné. La peur avait gagné.
J’étais coincée.
Mes yeux se posèrent sur mes compagnons, et sans même me dire un mot, je retrouvais ma force. Avec eux, je le pouvais.
Je le ferais.
Je pris une profonde respiration autant que le harnais me le permettais et je sautais. Oui, je sautais ! Aussitôt, une vitesse folle me prit et j’entendais le vent soufflait autour de moi. Puissant et intrépide, je l’effleurai du bout des doigts. Mes bras s’écartèrent d’instinct comme un oiseau. Je me sentais légère comme une plume, mais aussi d’une puissante inouïe. Je te voyais,
Invincible. Je volais.
Sans force, ni maître, je riais dévalant le néant, bourré hystérie. Et j’entendais mes compagnons hurlaient de joie, leur ivresse à ceux qui pouvait l’entendre. Dans le ciel, nous renaissions dans ses millions de couleurs et sensations.
Je sentais ni le froid, ni la gravité, ni la peur. J’étais devenu le vent indomptable, et éternel. Rien ne m’arrêtera. Sauf … ça. Le sol se rapprochait. A contrecœur, je freinais et bientôt mes pieds touchèrent le sol. Mes compagnons étaient là moins d’une minute plus tard, aussi décoiffé et heureux que je devais l’être. Devant, un plaisir aussi fort, j’avais qu’une hâte. Recommencer. Pour tout oublier. Même le fait d’être muette.

Brown Eyed

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