Richard Ford : Le complexe de l’écrivain

Ecrire est-il un vrai métier ? Un auteur livre son sentiment sur le sujet. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cela semble le torturer.

C’est ce qu’on appelle être tourmenté. Depuis qu’il est tout jeune, Richard Ford a décidé de devenir écrivain. Mais malgré six romans, quatre recueils de nouvelles, plus le prix Pulitzer de la fiction en 1996 pour Indépendance (Independence Day en anglais), l’auteur américain a toujours du mal à considérer l’écriture comme un véritable métier.

« Il m’a toujours été difficile de qualifier comme étant un “travail” l’activité à laquelle je m’adonne tous les jours, tandis que la plupart des gens sont effectivement, eux, en train de travailler », confesse ainsi Richard Ford dans les colonnes du Guardian. Pour lui, le travail renvoie à une notion bien précise : « Cela signifie quelque chose de pénible, comme par exemple passer son temps à contrôler les bagages aux rayons X dans un aéroport, ou travailler à un péage d’autoroute », explique-t-il.

« Ecrire n’est jamais pénible »

Et comment perçoit-il l’écriture alors ? « Bien sûr, cela peut-être difficile, cela peut aussi être ennuyeux à mourir, mais ce n’est jamais pénible, affirme-t-il. Pour moi, la dureté évoque quelque chose de fatigant, où je me trouverais continuellement sous pression. Or, je peux arrêter d’écrire quand je veux et reprendre le lendemain, ou même jamais, si j’ai en envie. »

Richard Ford se fait ensuite limite narquois. « En fait, mon côté suffisant et narcissique ne comprend pas très bien comment les non-écrivains font pour supporter leur vie », résume-t-il. Avant d’énumérer, toujours sur un ton badin, quelques avantages d’être auteur : être son propre patron, avoir la possibilité de s’autocongratuler pour la grandeur, la profondeur de son œuvre, avoir la chance – peut-être – de faire plaisir aux gens et, qui sait, de rendre le monde un tout petit peu meilleur. « Et si vous échouez dans tous ces domaines, personne, à part vous (et vous vous en remettrez vite), ne vous en voudra », conclut-il avec humour.

Combattre la stigmatisation

L’auteur s’en remet finalement à son histoire personnelle pour expliquer son cas de conscience. « Dans ma famille, tout le monde était ouvrier et tous considéraient qu’un emploi définissait qui vous étiez, ce que vous valiez, quel était votre sens des responsabilités, raconte-t-il. Si vous n’aviez pas un boulot usant, cela signifiait que vous étiez un bon à rien. »

Une stigmatisation qui, selon lui, est toujours valable aujourd’hui, au point de lui faire lancer cet appel : « J’aimerais que l’on accorde à l’écriture le même respect et la même légitimité qu’à n’importe quelle autre activité professionnelle, plaide-t-il. Car, comme tout ouvrier qui travaille à la chaîne dans une usine Ford ou tout enseignant qui rentre chez lui fourbu après les cours, je travaille tous les jours honnêtement. »

(d’après The Guardian)

Partagez cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.