L’avenir du livre passera-t-il par le streaming ?

Attention, danger ! C’est la conclusion d’un spécialiste de l’édition numérique sur le développement de la lecture en flux continu dans l’industrie du livre.

On aurait pu s’attendre à ce qu’il soutienne l’idée. Mais non, Javier Celaya, (entre autres) vice-président de l’association espagnole des magazines numériques, n’en fera rien. Lui se montre plutôt sceptique vis-à-vis du développement du streaming dans l’industrie du livre. Il préfère soulever les problèmes que cela pose.

Et, selon lui, les problèmes sont différents en fonction du point de vue adopté. « En tant que gros lecteur, je serai ravi qu’un site Internet m’offre la possibilité d’accéder à son catalogue de livres en ligne sans avoir à débourser un centime, détaille-t-il ainsi. Même si cela implique de devoir supporter quelques publicités insérées ça et là dans le texte. »

Un risque d’inégalités accrues

De ce point de vue, soutient-il, Internet a d’ailleurs radicalement modifié le rapport du lecteur au livre, comme il l’a déjà fait pour la musique ou le cinéma. « Peu de gens accepteraient que leur libraire ou leur bibliothécaire vendent à une maison d’édition la liste des livres qu’ils lisent, explique Javier Celaya. Mais, même inconsciemment, ils sont prêts à le faire sur la toile, en échange de l’accès gratuit aux livres numériques. »

Une dérive qui risque, selon lui, de creuser les inégalités. Si la tendance se poursuit, prédit-il ainsi, les lecteurs de livres numériques les plus aisés profiteront d’ouvrages sans pub. Les autres devront, eux, abandonner une partie de leur vie privée – « un droit pourtant fondamental » – pour avoir un accès, limité, à l’offre littéraire en ligne. « Les autorités compétentes doivent donc encadrer de manière stricte l’utilisation que les entreprises veulent faire des informations collectées sur leurs clients », conclut-il.

Raisonnement faible, mais conclusion intéressante

Le problème se pose bien évidemment d’une autre manière pour les auteurs. Javier Celaya distingue ici, de manière très schématique, deux catégories d’écrivains : les jeunes premiers et les gros calibres. Avec une observation évidente – et même simpliste : Une personne qui publie son premier ouvrage a tout intérêt à ce qu’il soit accessible en ligne gratuitement, car cela lui permettra de se faire connaître d’un large public. En revanche, un auteur confirmé, qui dispose déjà d’un lectorat large et fidèle, doit négocier en espèces sonnantes et trébuchantes une compensation pour la présence de son dernier livre dans ce même catalogue (Javier Celaya suggère un pourcentage du trafic généré sur le site).

Si le raisonnement est faible, sa conclusion, elle, mérite un peu plus d’attention : « Dans les deux cas, les revenus générés seront très faibles, indique-t-il. Car pour parvenir à un gain mensuel de 1 000 €, il faut des centaines de milliers de vues, ce qui est absolument impossible. »

Une question de réputation

Et si Javier Celaya reconnaît ensuite que cette option peut avoir un effet bénéfique sur les ventes du livre en version papier (à condition qu’elle existe…), il finit par une mise en garde : « Les auteurs doivent bien mesurer l’impact que pourrait avoir la décision d’accepter des pubs dans leur ouvrage. Leur réputation pourrait bien en ressortir ternie à jamais. »

(d’après Publishing Perspectives)

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