L’ Aventure Extrême

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J’ai pas d’mandé à naître, ils m’ont poussé dehors.
D’emblée, je me suis construit par surprise: une secousse, un pauvre spermato coincé par un ovule glouton, j’étais fait. Un minuscule blastomère coincé dans un océan sans vagues.
J’aurais dû dire STOP, de suite. Mais la surprise, le temps de savoir où j’étais, et paf, j’avais doublé de volume.
En un temps record, je suis devenu assez gros pour convenir à la norme, et me fixer à mon étrange abri.
Je ne suis pas de nature à me rebeller. Alors, j’ai regardé autour de moi, j’ai voulu peser le pour, le contre. Voir si le pari proposé par mes géniteurs était noble, quoi. Sympa pour moi. J’étais quand même le premier intéressé, non? Eux, quelles raisons les poussaient?
Je reconnais avoir hésité. La température constante, le temps qui passe, la nourriture assurée. Oui, un certain bien-être matériel m’incitait à laisser faire les choses, à profiter de cet étrange séjour.
Mais non. On me nourrissait dans l’unique dessein de me faire grossir, c’était devenu un leitmotiv sournois. On me surveillait en permanence, et de blastomère devenu foetus j’accomplissais chaque jour un travail épuisant.
Alors j’ai pris ma décision, je me suis rebellé. Ca devait se passer vers le sixième mois de mon installation, je crois, je me suis décroché. J’ai vraiment voulu. Au début ce fut dur, mais c’est le choix qui coûte, je le sais depuis. Au bout de trois jours j’y étais presqu’arrivé. Je n’allais pas me laisser dicter ma loi par des inconnus!
Mais vous savez la suite, puisque je suis là, à vous raconter ma fausse-route. Ils ont immobilisé mon abri, qui s’est laissé faire. Qui est devenu un énorme ballon gisant sur un lit à deux places. J’ai redoublé d’énergie, toute l’énergie que j’aurais dû engager dans ma prise de poids pour rivaliser d’obésité avec elle, toute cette force que je sentais à présent naître en moi. Je l’ai employée à sortir avant l’heure. Je voyais, de mieux en mieux, non je sentais, que c’était maintenant une question d’heures. Fallait que j’me dépêche.
Le temps m’a joué un mauvais tour. Enfin, mauvais…
Quand j’ai enfin réussi à sortir de cette caverne ouatée, quand mon corps au complet a cogné contre ses parois sans plus aucun liquide pour amortir mes coups, quand j’ai forcé, poussé, foncé, dans la seule voie du refus possible,
je suis sorti en trombe et…ils m’ont cueilli.
J’ai hurlé de rage impuissante. J’étais parti trop tard. Comme le lièvre dont on m’a rabâché les oreilles, plus tard.
Ben, oui, après j’ai bien accepté de vivre. Que faire d’autre? Une fois à l’air libre, très vite les connexions nerveuses vous font voir la vie en gris ou en rose. En gris si vous rechignez à accomplir les pas que l’on attend de vous. En rose si vous jouez le jeu. Ouais, c’est un jeu. C’est bien ce que je me suis dit. Un jeu qui me prend dans son piège. J’aime bien jouer.
Et j’aime bien comprendre. J’ai gardé de mon séjour forcé un esprit d’analyse qui me sert, une capacité d’observation assez remarquable, dit-on.
Et, je dois dire, un éblouissement devant ce que je redoutais. La vie, un truc qu’on n’explique pas assez aux foetus. S’ils savaient, ils feraient moins de manières.
Je m’en vais parler à celui qui trépigne dans le ventre de ma fille.

Mina Terpire.

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3 thoughts on “L’ Aventure Extrême

  1. Paul Mazars

    Drôle et jouissif, quelle imagination.
    J’adore cette « origine du monde »
    Bravo et on attend la suite

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  2. loretta

    J’accroche tout de suite à cette formidable « fureur » de vivre vécue comme un combat dès la conception de cette femme qui révèle déjà une sacrée personnalité dont on aimerait suivre le cours de la vie jusqu’à … sa fin. Entre résistance et résilience, c’est très intéressant, grave et drôle à la fois . Je vote pour à 100%.

    Reply

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