J’aimerais écrire, mais je n’ai pas de talent

Marianne Jaeglé est écrivain et animatrice d’ateliers d’écriture aux ateliers Elisabeth Bing. Pour aider les apprentis écrivains à dépasser leurs inhibitions, Marianne Jaeglé a écrit le livre : Ecrire, de la page blanche à la publication. Découvrez un reportage vidéo sur Marianne Jaeglé sur :sa page chroniqueur.
Retrouvez sur enviedecrire.com les chroniques de Marianne Jaeglé. Elle accompagne les apprentis écrivains tout au long des étapes incontournables, mais souvent difficiles de l’écriture.

Nombreux sont ceux qui viennent en atelier d’écriture afin d’y exprimer et d’y surmonter leurs difficultés à écrire. Elles constituent bien souvent des freins importants à leur travail, et peut-être au tien aussi.  Petit tour d’horizon des résistances que l’esprit oppose à l’envie d’écrire et des arguments qu’on peut leur opposer :

Résistance n°5 : J’aimerais écrire, mais je n’ai pas de talent

Chacun de nous se confronte, au moment d’écrire, à ses limites, à ses faiblesses en tant qu’auteur. C’est l’une des raisons pour lesquelles écrire est parfois si douloureux. Mais qu’en est-il de la qualité réelle de tes textes ? Il ne tient qu’à toi de l’améliorer, si tu acceptes d’y jeter un regard objectif, et de ne plus te complaire dans l’autodestruction.

Tu jettes un coup d’œil aux brouillons des plus grands écrivains : tous sont griffonnés et noircis par les versions successives. Tous témoignent du fait que c’est par approximations, tâtonnements, ratures, repentirs, efforts, et retravail que l’écrivain s’est progressivement approché de son œuvre.

Tu compares les versions successives de cet extrait de Waltenberg, le roman d’Hédi Kaddour dont l’auteur commente lui-même les modifications dans  Les pierres qui montent (Lilstein et le jeune Français décrivent des plats qui se trouvent dans un grand vaisselier) :

Vous vous souvenez, sur l’autre plat de porcelaine, il vous semble que le temps se dépensait en riant, mais c’est peut-être parce que vous vous souvenez, peut-être parce que désormais c’est foutu. Le premier bal a disparu, quelqu’un a dû, une dernière fois regarder les morceaux avant de les mettre à la poubelle. Lilstein vous regarde, se retourne pour regarder le plat :

« Celui-là, jeune Français, il lui manque le reflet rythme coloré de la vie ».

Voici comment Hédi Kaddour justifie lui-même ces modifications :

Il vous semble que : supprimer les prudences, les modalisations, les il paraît, sans doute, etc. Assumer. Idem pour peut-être.

vous regarde, se retourne pour vous regarder : au théâtre, toujours dire deux fois. D’où le compromis du théâtre avec une forme de bêtise. Inutile en roman, ou alors, c’est de la littérature de gare.

reflet rythme coloré de la vie : rythme est moins attendu.

Désormais, toi aussi, une fois le premier jet inscrit sur la page, tu te relis, tu précises ce que tu voulais exprimer ; tu supprimes les répétitions, les modalisateurs, élimines les phrases boiteuses, tu soignes la chute…

Et tu médites ce que Brel a affirmé, un jour où le présentateur d’une émission de télé l’interrogeait au sujet de son talent : « Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est l’envie qu’on a de faire les choses. »

Retrouvez : Marianne Jaeglé sur son blog

Découvrez le livre sur l’écriture de Marianne Jaeglé en cliquant sur l’image :

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