Faut-il publier un manuscrit contre la volonté de l’auteur ?

Des écrivains comme Conan Doyle et Kafka refusaient que l’on édite certains de leurs textes, même après leur mort. Ils n’ont pas été écoutés. A tort ou à raison ?

Connaissez-vous The Narrative of John Smith (« L’histoire de John Smith »), écrit par Arthur Conan Doyle ? Non ? Oui ? Si vous avez entendu parler de ce roman, sachez que cela n’aurait jamais dû être le cas. En effet, si le texte est sorti en librairie fin septembre, c’est contre la volonté de son auteur. Avant sa mort, le créateur de Sherlock Holmes avait pourtant bien stipulé qu’il ne devrait jamais être édité.

L’exception Kafka ?

Il n’est pas le seul écrivain à avoir connu cette mésaventure. Il y a quelques mois, un manuscrit « perdu » d’Enid Blyton, l’auteur britannique de romans jeunesse (la série Le club des cinq, Le clan des sept, Oui-Oui, etc.), a été retrouvé. La découverte a ravi ses fans. Beaucoup moins l’une de ses filles, qui redoute maintenant que certaines personnes cherchent à faire éditer le livre. Selon elle, celui-ci a été écrit à l’époque où sa mère souffrait déjà de démence, et présente un style maladroit. « S’il a été enfermé dans un tiroir, c’est bien pour une raison », a-t-elle résumé. Pas sûr, néanmoins, que cela soit suffisant pour empêcher sa sortie.

Si certains condamnent la démarche avec virulence, il est vrai qu’elle apporte aussi, parfois, quelques (très) bonnes surprises. Il en va ainsi à propos de Franz Kafka. L’écrivain souhaitait que ses textes qui n’avaient pas été édités de son vivant ne lui survivent pas. Las, après sa mort en 1924, son ami Max Brod contrevint à sa volonté, compléta certains manuscrits non-terminés et les fit publier. C’est grâce à cela que les lecteurs purent découvrir Le procès et Le château, deux œuvres aujourd’hui considérées comme des classiques de la littérature du XXsiècle.

Le mystère Salinger

Alors, faut-il ou non publier un manuscrit contre la volonté de son auteur ? Ceux qui le font prétendent protéger l’héritage de l’artiste. Les détracteurs, eux, affirment qu’il s’agit juste d’un procédé pas très honnête pour gagner de l’argent sur le dos d’un mort.

Pour JD Salinger, l’histoire pourrait bien être différente encore. L’écrivain, auteur de L’attrape-cœurs, a laissé entendre qu’il avait écrit quinze autres romans, mais s’opposait à leur publication. Depuis sa mort en 2010, nombreux sont ceux qui ont cherché ces manuscrits. Pour le moment, leurs efforts sont restés vains. Un mystère qu’ils ne s’expliquent pas. Au point que certains d’entre eux n’hésitent plus à se demander : Et si Salinger s’était payé notre tête ?

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