Fan fiction : Quand les lecteurs réécrivent leur roman préféré

Certains romans sont si populaires que les lecteurs n’hésitent pas à s’emparer de leur univers, et à les réinventer. Au risque de se fâcher avec les auteurs.

JK Rowling l’a annoncé depuis bien longtemps : elle ne devrait pas ajouter de nouveau tome à sa saga « Harry Potter ». Pourtant, le jeune héros continue de vivre des aventures, d’évoluer. D’abord via Pottermore.com, le site Internet mis en place par l’auteure elle-même. Ce site, qui va regrouper les matériaux non-publiés sur l’univers d’ « HP », va aussi contenir ce qu’on appelle une section « fan fiction » (« fanfic ») : les fans d’Harry Potter pourront y déposer leur texte inspiré de son univers, qu’il s’agisse d’une suite, d’une aventure parallèle, d’une prequel…

Ensuite, via des sites Internet consacrés exclusivement à ce phénomène de la fan fiction. Et il existe quelques uns ! Parmi eux, fanfiction.net, autoproclamé « la plus grande base d’archives du monde » en la matière. Divisé en plusieurs catégories (livres, bandes dessinées, films ou encore jeux vidéo), il recense pas moins de deux millions de contributions, dont 532 507 rien que pour le sorcier de Poudlard ! Loin derrière, les autres hits – prévisibles – sont Twilight, avec 185 384 textes, et le Seigneur des anneaux, avec 45 158 textes !

Du sexe, mais pas que, et même loin de là

Mais quel genre de textes trouve-t-on dans ces contributions qui n’ont aucun but, en tout cas pas lucratif ? Les mauvaises langues diront que ce sont avant tout des textes à connotation sexuelle. Il est vrai que l’on trouve pas mal de contributions où « la chose » occupe une place de choix, en vertu de la règle n°34, qui dit : « Là où il y a un sujet, il y a du porno ».

Le sexe n’est toutefois pas la première orientation de ces textes. Non, la fan fiction, c’est avant tout un moyen d’explorer, de prolonger, et surtout de dépasser, l’univers mis en place par un auteur. Que ce soit dans Harry Potter, Twilight, Star Trek ou tout autre saga mythique, il existe par exemple des zones d’ombre, des sous-textes, des non-dits, des tensions implicites. C’est là que la fan fiction va aller chercher sa matière. Ce sont ces points précis qu’elle va mettre en lumière.

Ces variations ont parfois pour support d’autres motifs : que se serait-il passé si, par exemple, Harry Potter avait été une fille, ou s’il avait été noir ? Ou si, au lieu d’avoir été placé dans la maison Gryffondor, il avait rejoint les méchants de Serpentard ? Ou bien encore, si Voldemort l’avait enlevé et élevé comme son fils, plutôt que de tenter de le tuer lorsqu’il était bébé ? Toutes ces questions ouvrent la voie à des récits parfois très fertiles. Comme l’idée de réécrire l’histoire du point de vue d’un autre personnage – le plus souvent secondaire – de l’histoire.

La propriété intellectuelle en question

Reste une interrogation : que pensent les auteurs de cette tendance ? Sur ce sujet, pas de consensus. JK Rowling, Stephenie Meyer et d’autres y voient un agent de marketing viral, qu’elles encouragent et même facilitent. D’autres, au contraire, perçoivent le phénomène comme une violation de leurs droits d’auteur, et même de leur « propriété émotionnelle sur leurs créations ». Anne Rice par exemple. « Cela me dérange terriblement d’imaginer qu’on se serve de mes personnages pour écrire de la fan fiction, se plaint l’auteure de Entretien avec un vampireJe conseille plutôt à mes lecteurs d’inventer leurs propres histoires, avec leurs propres héros. »

George R.R. Martin, qui a menacé un employé d’Amazon de décapitation récemment, se dit lui aussi très affecté par cette pratique. « Mes personnages sont mes enfants, plaide-t-il. Je ne veux pas que des gens s’en emparent, quand bien même ils les aimeraient beaucoup. »

Face aux récriminations des auteurs, les fans n’ont la plupart du temps pas le choix : ils sont obligés de s’incliner. Et au diable la créativité…

(d’après Time et Fluctuanet)

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