Envoyer son manuscrit aux éditeurs

 

Je suis convaincu qu’un écrivain débutant a plus de chances de faire son trou en commençant à publier chez un éditeur moyen mais correctement diffusé.



Pour en finir une bonne fois pour toutes avec les manuscrits-boomerangs (bis)

Vous avez écrit ce que vous pensez être un bon livre. Au lieu de chercher à le faire publier dans la foulée, vous avez laissé reposer votre manuscrit pendant plusieurs mois. Alors seulement, vous avez pris le temps de le  relire et de le corriger avec soin. Puis, afin de ne pas subir les affres de ces apprentis écrivains qui commettent l’erreur de tout miser sur leur première tentative et s’y accrochent avec la rage du génie méconnu, vous vous êtes déjà lancé dans l’écriture d’un autre roman. Félicitations ! Jusqu’ici, vous avez fait un parcours sans faute. Vous remplissez les conditions minimales pour tenter de convaincre, avec quelque chance de succès, un éditeur de porter votre bébé sur les fonts baptismaux. Mais attention ! Cette dernière étape n’est pas la moins ardue et il convient de mettre toutes les chances de votre côté !

Le choix de l’éditeur

On ne doit pas envoyer son manuscrit n’importe où ! Tout le monde le dit et pour une fois tout le monde a raison. Pourtant à en croire les éditeurs que j’ai pu côtoyer, les candidats-auteurs qui semblent adresser leur manuscrit au petit bonheur la chance sont encore légion ! Ne commettez pas une erreur aussi grossière ! Il faut au contraire sélectionner avec soin des maisons qui publient des ouvrages comparables au vôtre. Et je ne parle pas ici simplement de genre littéraire (adresser un roman d’espionnage à un éditeur qui fait exclusivement dans le roman de terroir ou dans le guide touristique, c’est tout bonnement suicidaire et tout écrivain n’est pas obligé de suivre l’exemple de Mishima !*) Non, je veux dire que vous devez sélectionner des maisons qui publient des ouvrages ayant la même tonalité que le vôtre, qui éditent des auteurs en affinité avec ce que vous écrivez vous-même. Petites, moyennes ou grandes maisons ? Terrible dilemme mais rien ne vous empêche de panacher. Je vous laisse cependant méditer sur ces quelques points :

– signer chez un trop petit éditeur peut enlever toute visibilité à votre livre ( en gros, il ne sera pas présent sur les rayons des libraires et ne sera vendu que sur commande ou sur le site de l’éditeur) ;

– signer au contraire dans une maison très prestigieuse flatte l’ego mais peut s’avérer souvent décevant (si votre livre n’est pas d’emblée un succès, sa durée de vie se limitera à 3 ou 4 mois ; au-delà, l’attachée de presse, les commerciaux seront passé à d’autres titres, à des auteurs plus renommés et  votre bébé sera en quelque sorte mort-né) ;

– négliger les éditeurs en province serait une grave erreur ; il y en a d’excellents ;

– vérifier quel est le diffuseur des éditeurs sélectionnés est une sage précaution (il suffit de demander à votre libraire) ; un grand diffuseur (ils sont 3 ou 4 sur le marché) c’est la certitude que les libraires ne rechigneront pas à mettre en place votre livre.

Pour résumer, je suis convaincu qu’un auteur débutant a statistiquement plus de chances de faire son trou en commençant à publier chez un éditeur moyen mais correctement diffusé. Il ne sera pas la cinquième roue du carrosse qui risque de passer après toutes les stars maison et, des mois après la parution du livre, il sera encore envoyé dans des salons pour signer ses ouvrages.

La présentation du manuscrit

Puisque votre livre est bon (postulat de départ), votre seul et unique objectif est d’être réellement lu chez un maximum d’éditeurs. C’est-à-dire de passer le filtre des premiers lecteurs qui n’ont pas le temps d’examiner en détail votre manuscrit et qui vont simplement picorer un paragraphe ici et là pour se faire une idée. Compte tenu de la masse des manuscrits qu’ils doivent trier, il faut leur faciliter les choses. Votre envoi doit donc à la fois sortir du lot et fournir rapidement les informations dont ils ont besoin.

Voilà la méthode que je vous recommande. Faites figurer sur la première page de couverture une illustration qui colle à ce que vous avez écrit (il existe des dizaines de banques de données de photos et de dessins libres de droit sur Internet). Votre manuscrit se distinguera ainsi naturellement de la plupart de ses concurrents. Sur le dos de la couverture, placez un résumé de l’histoire. Puis positionnez clairement votre livre, par exemple : « Ce livre qui commence comme un roman d’aventures s’achève en une fable douce-amère sur les mirages de la gloire ». Attention, soyez concis. Il ne s’agit pas de s’étendre sur vos intentions. Ne rédigez pas non plus une quatrième de couverture laudative comme on en trouve sur les livres publiés ! Il faut au contraire rester sobre et informatif.

L’idée, c’est que les lecteurs sauront ainsi exactement ce qu’ils ont entre les mains et qu’ils n’auront plus qu’à lire quelques pages pour se faire une idée de votre style. L’avantage également, c’est que vous pourrez ainsi limiter la lettre d’accompagnement du manuscrit à une brève présentation de votre parcours (état civil, textes déjà publiés en revue ou en recueils collectifs…). Selon ma propre expérience et celle de quelques amis publiés comme moi après envoi par la poste, cette méthode fonctionne. Elle limite en tout cas le risque d’être refusé alors que le manuscrit n’a même pas été lu par un éditeur.

* Mishima est un écrivain japonais qui se fit hara-kiri en 1970 après avoir tenté un coup d’Etat et envoyé son dernier manuscrit à son éditeur.

+++

Eric Fouassier est écrivain, auteur de romans et de nouvelles. Son roman policier « Morts thématiques » paru aux éditions Pascal Galodé vient de remporter, le 12 avril dernier, le prix « Plume de Glace » du festival de Serre-Chevalier. Découvrez un reportage vidéo sur Eric Fouassier sur : sa page chroniqueur.

Retrouvez sur enviedecrire.com, les chroniques d’Eric Fouassier. Tous les mois, il raconte son expérience d’auteur et donne des conseils aux apprentis écrivains.

Découvrez Rien qu’une belle perdue, le dernier roman policier d’Eric Fouassier qui vient de paraître aux Editions Pascal Galodé en avril 2011.

Le 28 mai 2011, de 14h à 17h, Eric Fouassier dédicacera ses livres au salon « A vous de lire » à Saint-Fargeau-Ponthierry (77)

Retrouvez : Eric Fouassier sur son site d’auteur

 

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5 thoughts on “Envoyer son manuscrit aux éditeurs

  1. D

    Merci pour cet article des plus instructifs. Moi qui fais partie de la grande population des jeunes auteurs, voilà des conseils avisés qui me seront très utiles !

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  2. Rebecca Bourgeois

    J’écris des vers, mais je pense que vos conseils, précieux et sages, me seront également d’une grande utilité. Merci.

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  3. fefe

    Bonjour,
    je suis un poete qui publie ici et là des poemes, je me suis décidé d’écrire un livre, maintenant je suis à mon deuxieme roman, je cherche quelqu’un pour m’orienter, je suis vraiment incapable de bien corriger mes deux manuscrits.
    aidez-moi.

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