Edition : les pièges à éviter

Eric Fouassier est écrivain, auteur de nouvelles et de romans. Son premier roman, Morts Thématiques est un roman policier publié aux éditions Pascal Galodé en 2009. Depuis, Eric Fouassier publie un roman par an. Son nouveau livre, Rien qu’une belle perdue, sort ce mois-ci, toujours aux éditions Pascal Galodé. Découvrez un reportage vidéo sur Eric Fouassier sur : sa page chroniqueur.

Retrouvez sur enviedecrire.com, les chroniques d’Eric Fouassier. Tous les mois, il raconte son expérience d’auteur et donne des conseils aux apprentis écrivains.

…pour en finir une bonne fois pour toutes avec les manuscrits-boomerangs

Cette chronique ne s’adresse évidemment pas aux people : actrices, chanteuses, célébrités éphémères de la téléréalité et autres sportifs de haut niveau… Elle sera également superflue pour les journalistes appartenant déjà au cénacle parisien, pour les « fils et filles de… » et pour les quelques happy few qui ont la chance de compter un écrivain connu parmi leur proches. Bref, elle ne sera d’aucune utilité à ceux qui possèdent déjà un nom ou qui peuvent s’appuyer sur leurs relations pour convaincre un éditeur de publier leur livre ou de leur trouver une plume confirmée (mais nécessiteuse) afin de concrétiser sur le papier le désir de littérature qui leur est venu, un beau matin, comme une envie de se gratter le derrière.

Non, cette chronique s’adresse aux nombreux aspirants-auteurs pour qui l’écriture est une vraie nécessité, mais qui ne connaissent rien au monde de l’édition et qui se demandent désespérément comment atteindre ce Graal inaccessible du premier livre publié. A ceux qui n’ont encore jamais osé envoyer un manuscrit chez un éditeur, faute de savoir comment s’y prendre. Ou à ceux qui, découragés de voir leur livre-boomerang leur revenir dans la figure accompagné d’une lettre de refus type, en sont venus à croire que la publication d’un manuscrit adressé par la poste n’était qu’un mythe cruel, savamment entretenu par les chapelles littéraires pour asseoir leur fallacieuse légitimité.

Ne pas se bercer d’illusions

A tous ces anonymes qui fourbissent leurs mots avec passion, dans la solitude, sans la moindre certitude de publication, je veux dire que le rêve n’est pas si inaccessible. Mais que pour le toucher du doigt, le plus sûr est encore de ne pas trop se bercer d’illusions. Il faut en effet garder la tête froide et ne pas succomber aux chants des sirènes qui sont légion dans les parages des apprentis auteurs. Et là je pense bien sûr aux requins de l’édition à compte d’auteur. Ami futur écrivain, retiens bien cette première et primordiale règle  : on ne paye jamais pour être édité ! Rien ! Nada ! Pas le moindre euro ! Et on n’achète pas non plus ses propres livres, ce qui revient au même ! Ton ego y gagnerait ce que ton compte en banque y perdrait. Et la littérature, elle, n’y gagnerait rien puisque tes livres finiraient à la case pilon, sans jamais être passés par la case librairie. Et bien sûr, tu ne toucherais pas 10 000 !

Ceci dit, quelle est l’erreur la plus fréquente commise par les postulants à l’édition ? C’est de croire qu’il leur suffit d’avoir écrit un bon livre, original et accrocheur, pour séduire le premier éditeur venu. Désolé, mais en général cela ne marche pas comme ça ! Pourquoi cela ? Parce que si vous êtes inconnu, si vous n’êtes pas chaudement recommandé par un auteur-maison, votre manuscrit ne sera pas lu chez la plupart des grands éditeurs. Le plus souvent, il sera seulement parcouru par un ou deux lecteurs extérieurs. Compte tenu du nombre de manuscrits reçus chaque jour dans ces grandes maisons, autant acheter un ticket de loto. Vos chances de décrocher le gros lot seront quasiment identiques ! Je vous entends déjà maugréer : oui, mais si mon livre est unique, formidable, je dois forcément sortir du lot ! Si vous êtes vraiment convaincu de ça, vous pouvez vous arrêter là. Les conseils qui suivent ne vous serviront pas à grand chose, car vous ne les appliquerez probablement pas. Si au contraire, vous avez retenu mon premier conseil – ne pas se bercer d’illusions – nous pouvons faire encore un petit bout de chemin ensemble.

Résister à l’impatience

Le deuxième ennemi de l’apprenti auteur, c’est l’impatience. Si vous venez à peine de mettre le point final à votre manuscrit et que vous l’estampillez déjà « bon pour l’édition », inutile de vous précipiter à la poste avec vos précieux envois sous le bras ! C’est plus vraisemblablement dans le mur que vous allez foncer ! La meilleure chose que vous puissiez faire, c’est d’enfermer votre précieux chef d’œuvre dans un tiroir fermé à double tour et d’enterrer la clé au fond de votre jardin ou dans la plus grande jardinière de votre balcon. Oubliez-le ! Et tenez, pourquoi pas ? commencez à vous projeter dans la rédaction d’un nouveau livre !

Quand au bout de trois à six mois, l’exaltation qui fut la vôtre quand vous avez achevé votre manuscrit est bien retombée, vous pouvez exhumer le fossile. S’il vous fait l’effet d’un vieil album de photos qui vous renvoie à de vagues souvenirs, vous êtes prêt. Relisez, corrigez et surtout biffez, biffez et rebiffez ! Tout ce qui vous paraît superflu, tout ce qui heurte votre lecture, doit être éliminé sans le moindre remord. Quand vous aurez achevé cette inspection-destruction du travail fini (ou plutôt que vous supposiez être fini quelques mois plus tôt), et alors seulement, votre livre sera peut-être en état d’être adressé à un éditeur. En tous cas, vous pourrez en juger avec toute la lucidité voulue.

Reste que pour avoir quelque chance de séduire ce fameux éditeur, se planquer derrière son seul manuscrit n’est peut-être pas la meilleure chose à faire. C’est pourquoi lors de ma prochaine chronique, je vous expliquerai quelle est, selon ma propre expérience, la démarche à suivre pour multiplier les chances d’être vraiment lu, quand on adresse son manuscrit par la poste et sans aucune recommandation.

Découvrez Le Traducteur, le dernier livre d’Eric Fouassier paru aux Editions Pascal Galodé en août 2010, prix littéraire www.salondulivre.net 2011.

Le 14 avril 2011, Eric Fouassier publie son nouveau roman, Rien qu’une belle perdue, toujours aux éditions Pascal Galodé.

Retrouvez : Eric Fouassier sur son site d’auteur

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One thought on “Edition : les pièges à éviter

  1. Franca

    J’ai lu attentivement votre article. J’ai 68 ans et j’ai transcendé depuis bien longtemps mon impatience…
    Essayé toutes sortes de filières ici ou ailleurs… L’éditeur à participation est de loin moins stressant et pourquoi pas finalement. La scoiété des écrivains est sérieuse, ils font bien leur boulot…

    Plein d’éditeurs reconnus ne font pas aussi bien leur métier, ne redistribuent pas les bénéfices, je le sais par des amis écrivains bien publiés… C’est complexe tout de même de se faire éditer. Et il n’y a aucun déshonner à se faire publier avec participation ou même à s’auto-publier…

    Suffit de bien tomber. Il y a des loups partout !

    J’ai un nouveau livre de prêt. Un roman sur l’emprise. Comment savoir à qui s’adresser. Un psy clinicien m’en a promis la préface car il l’a lu et apprécié… je m’apprête de nouveau à un parcours de combattante… Vous avez beau dire la patience mais quand on n’a plus vingt ans et des tiroirs pleins ??

    Merci de m’avoir lue. Franca

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