L’écriture selon Russell Banks

Russell Banks est un écrivain américain né en 1940. Il a écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Son œuvre a été traduite en vingt langues. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Depuis 1998, il est membre de l’Académie américaine des arts et lettres. Le blog Biblioblog l’avait rencontré en 2008 lors d’un de ses passages à Paris et l’avait interrogé sur son processus d’écriture. 

Comment vous est venue l’envie d’écrire ?
Russell Banks : En fait, j’ai d’abord fait de la peinture, je pensais que j’allais devenir peintre. Je savais que j’allais devenir un artiste et c’était le seul talent que je semblais avoir. Quand vous êtes doué en peinture ou en dessin, en maths ou en musique, ça se révèle assez tôt. En littérature par contre ça met souvent du temps. Je n’étais pas du tout versé dans la littérature, je ne suis pas issu d’une famille particulièrement cultivée. J’ai grandi dans un milieu ouvrier.
En décembre 58, j’avais dix-huit, dix-neuf ans, j’ai quitté la Nouvelle Angleterre pour le Sud. Je suis descendu jusqu’à Miami en auto-stop. J’avais dans l’idée de rejoindre Cuba pour venir en aide à Fidel Castro et au Che dans leur lutte contre la dictature de Batista. Je ne savais pas trop comment j’allais faire pour m’y rendre mais je pouvais au moins aller à Miami facilement. Et c’est là-bas, en février 59, que je me suis retrouvé coincé ; Fidel Castro et ses révolutionnaires avaient marché sur la Havane. Ils n’avaient plus besoin de moi.
Je me suis donc trouvé un petit boulot (j’installais du mobilier dans un hôtel) et je me suis remis à la peinture dans une chambre que j’avais louée. Je me sentais seul. C’est là que j’ai commencé à fréquenter la bibliothèque municipale. Je partais de zéro, je ne recevais les conseils d’aucun professeur. Je lisais tout ce qui me passait entre les mains et c’est comme ça que je suis tombé amoureux de la littérature. J’ai lu Hemingway, Faulkner, Melville, tous les grands auteurs américains et je me suis également intéressé pour la première fois aux auteurs européens.
Je me suis mis à imiter les écrivains qui me plaisaient, le style d’écriture qui me touchait. Je lisais du Hewingway et j’essayais d’écrire comme lui, je lisais un poème de Walt Whitman et j’essayais de faire de même etc. C’est comme ça que j’ai commencé à écrire, un jouant les singes savants. Un des romans qui m’a le plus marqué à cette époque est Sur la Route de Jack Kerouac, qui venait de paraître. Kerouac décrivait plus ou moins la vie que je menais alors. J’étais sur la route, même si je n’en avais pas conscience. Je me prenais pour un artiste sans trop savoir où j’allais. Les gens qu’il peignait me ressemblaient beaucoup et dans un sens ça m’inspirait.
Ça ne m’a pas forcément poussé à devenir écrivain. Par contre, ça me confortait dans ce que je faisais instinctivement. Ça donnait une certaine dignité, un sens, une forme à mes actes.
Quelques années plus tard, je compris que me vie tournait autour de l’écriture. Mes amitiés, mes relations avec les gens, mon mode de vie s’organisaient autour de cette activité.
A vingt-deux, vingt-trois ans, je compris que je devais être écrivain puisque tout dans ma vie tendait vers cet objectif. Je ne me suis pas dit à un moment précis « Je vais devenir écrivain ». C’est en revenant sur les deux trois années précédentes que je me suis dit « Faut croire que je le suis ». Je n’avais pas encore été publié, je n’étais pas écrivain aux yeux de la société, mais moi je savais que je l’étais.

(…)

Quels sont vos rituels d’écriture ?
R. B. : La plupart des écrivains en ont je crois. C’est un bon moyen de quitter la réalité, la routine et d’entrer dans l’univers de la fiction, des mots, où selon certains, l’esprit est libre. Un monde où on ne soucie plus des factures impayées ou des coups de fil à donner, où on se consacre entièrement à son œuvre.
Hemingway taillait une douzaine de crayons tous les matins. Moi je travaille dans une petite baraque à un kilomètre de chez moi. C’est une sucrerie dont on se servait dans le Nord-est des États-Unis pour distiller la sève d’érable afin d’en faire du sirop. Je l’ai rénovée pour pouvoir y écrire.
Je m’y rends le matin et je mets tout de suite de la musique. Grâce à elle, je dresse un mur entre le monde extérieur et moi. Ce que j’écoute est toujours lié au sujet que je traite. Par exemple, quand j’ écrivais La Réserve, qui se déroule en 36-37, j’écoutais les classiques jazz des années trente. Benny Goodman, Lester Young, Cole Porter, Tin Pan Alley. Quand je mets un disque, c’est comme si le film commençait et que j’en entendais la BO. Tout dépend du livre et de l’univers qu’il décrit. La musique est une sorte d’accompagnement.

(crédit photo : © Bruno Nuttens / Actes Sud)

 Retrouvez l’intégralité de cette interview réalisée par Laurence et traduite par Cécile et Stéphane sur le site de Biblioblog

 

 

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