Ecoles d’écrivains : pourquoi les Français sont à la traîne

Tandis que les Allemands et les Suisses plébiscitent les cursus universitaires pour apprendre à écrire, la France est en reste. D’où vient cette différence ?

Une trentaine d’élèves en huit ans. Depuis sa création en 2003, c’est le nombre d’étudiants accueillis par le département d’écriture dramatique de l’Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT), à Lyon. Cela fait peu. Et pourtant c’est déjà beaucoup : cette formation d’une durée de trois ans, accessible sur concours à bac + 2, est la seule du genre en France.

« Des représentations romantiques de la pratique artistique »

L’hostilité des Français à la formation scolaire de ses écrivains, l’école en est pleinement consciente. « La présence d’écrivains dans les écoles d’art n’est pas de tradition en France, rappelle la plaquette de présentation du département. L’idée même que de jeunes écrivains envisagent de composer leurs premières œuvres au sein d’une école supérieure d’art a été longtemps considérée comme suspecte dans certains milieux littéraires ou théâtraux. »

Le directeur du cursus, l’écrivain Enzo Cormann, a même une idée précise de la raison pour laquelle elle existe : « Cette résistance de principe est très nourrie de représentations romantiques de la pratique artistique, explique-t-il. Elle tend néanmoins à disparaître et avec elle, en particulier, la crainte d’un « formatage » idéologique ou esthétique. » Pour l’éviter, la formation fait d’ailleurs en sorte d’inviter les élèves au questionnement plutôt qu’à l’apprentissage des connaissances. Exit, donc, les cours magistraux, et place aux « échanges approfondis  avec des écrivains, des traducteurs et des passeurs de textes ».

« Une vision élitiste de l’écriture »

Malgré les efforts de l’ENSATT, la France reste encore loin derrière ses voisins européens. « Les pays latins sont souvent contre une ouverture du processus créatif, c’est une vision élitiste de l’écriture », dénonce Antoine Jaccoud, dramaturge, scénariste et écrivain suisse. Lui soutient qu’il existe, dans ce domaine, une frontière avec les pays germaniques et anglo-saxons. « Dans ces deux univers, mais aussi dans l’est de l’Europe, on peut entrer dans un processus collectif sans y perdre son âme. »

Une vision que confirme Marie Caffari. Directrice de l’Institut littéraire suisse, situé à Bienne, elle constate que, depuis l’ouverture de l’école en 2006, les candidatures qui lui arrivent proviennent très rarement de francophones, alors que les postulants germanophones se bousculent. Pourtant, l’enseignement est accessible dans les deux langues. « Les filières d’écriture existent depuis longtemps là-bas et elles ont acquis une renommée grâce à leurs diplômés, avance-t-elle. L’espace culturel germanophone est plus réceptif à ce qui se fait en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. »

Les ateliers d’écriture « insuffisants »

Et si Marie Caffari note avec plaisir la multiplication, en France, des ateliers d’écriture, elle trouve néanmoins qu’ils sont insuffisants et regrette l’absence de « structures professionnelles qui ont l’ambition de donner des outils à de futurs écrivains ». Ce n’est pas l’ENSATT et Enzo Cormann qui vont la contredire…

(d’après Le Temps)

Sur le même sujet, lire aussi :

Que peut-on apporter un (bon) atelier d’écriture ? (chronique de Marianne Jaeglé)

Peut-on apprendre à écrire des romans ?

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4 thoughts on “Ecoles d’écrivains : pourquoi les Français sont à la traîne

  1. Pingback: Formation d’écrivain ? | Écrivain 3.0

  2. vincent Post author

    Une bonne influence pour le coup ! 🙂

    Y avez-vous participé ? Qu’en avez-vous pensé si c’est le cas ?

    Reply
  3. Pingback: Liens du Dimanche | Paumadou

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