Des prix littéraires dictés par des pressions politiques

La politique doit-elle se mêler de la littérature ? Boualem Sansal va finalement recevoir le prix du roman arabe. Sa consécration était remise en cause par des pressions politiques.

Mardi 6 juin, Boualem Sansal devait recevoir le prix du roman arabe que le jury lui a attribué pour Rue Darwin. Mais la remise du prix a été annulée par le conseil des ambassadeurs arabes, mécène de ce prix qui est accompagné de 15 000 euros.

Des pressions politiques

Le conseil des ambassadeurs arabes refusait de décerner le prix et cette somme à cet auteur algérien pour des raisons politiques. Boualem Sansal a en effet participé au Festival international des écrivains de Jérusalem et y a dénoncé le fascisme islamiste. Les diplomates arabes ont donc prétexté « les événements actuels dans le monde arabe » pour reporter la cérémonie et faire revoter le jury. Mais ce dernier ne veut pas que la politique interfère avec la littérature. Olivier Poivre d’Arvor, directeur de la radio France Culture, avait quitté le jury dont il était membre en signe de protestation.

Indépendant mais « mendiant »

Pour trouver une solution, une réunion entre le jury et les conseillers des ambassadeurs arabes a eu lieu au domicile de Vénus Khoury Ghata, poétesse à l’initiative du prix du roman arabe. Les ambassadeurs se sont retirés de l’événement. De leur côté, les jurés qui ont repris leur indépendance, remettront le prix à Boualem Sansal le 21 juin chez Gallimard. Quant à la récompense financière, il faudra pour cela trouver d’autres sponsors. « Aller en Israël, ce n’est tout de même pas aller en enfer ! avait affirmé Vénus Khoury-Ghata. On n’a pas à subir de tels diktats. On a sauvé l’honneur et tant pis si on se retrouve mendiants et orgueilleux ».

La littérature inséparable de la politique ?

Ce genre de polémiques jalonnent l’histoire des prix littéraires. Le prix Nobel de littérature en a connu beaucoup, posant ainsi la question des enjeux politiques d’un prix littéraire. Edwin Williamson, biographe de Jorge Luis Borges, avance dans Jorge Luis Borges, une vie, que ce dernier, maintes fois retenu sur les listes, n’aurait jamais reçu le prix en raison de ses relations troubles avec les dictatures du Chili et de l’Argentine. Une sanction politique de la part du jury du prix Nobel ? Plus récemment, on accuse les jurés de faire leur choix en fonction de l’actualité politique comme Harold Pinter en 2005 qui a pris position contre la guerre en Irak. L’écrivain turc Orhan Pamuk a été récompensé en 2006, après sa reconnaissance publique du génocide arménien. Sans tomber dans la thèse du complot, la question des relations entre politique et littérature reste d’actualité.

Sources :
Livres Hebdo
La République des livres

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