Damien Luce : Le chemin parcouru

Découvrez la chronique d’écriture de Damien Luce, un jeune auteur qui est également pianiste et comédien. Son premier roman Le Chambrioleur a été édité en janvier 2010 aux Editions Héloïse d’Ormesson. Chaque mois, retrouvez sur enviedecrire.com, la chronique de Damien Luce qui nous livre sa vision de l’écriture. Si vous avez manqué le reportage vidéo présentant Damien Luce, vous pouvez le retrouver sur : sa page de chroniqueur.

Au moment de rédiger cette ultime chronique pour envie d’écrire, je ne peux m’empêcher de me retourner sur le chemin parcouru, en bon écolier qui veut conclure sa dissertation en bonne et due forme. Lorsque Nelly Buffon m’a demandé de contribuer à ce blog, mon premier sentiment fut l’appréhension. La hantise de n’avoir rien à dire, et par là rien à écrire, est récurrente chez-moi. Et je me disais : « Écrire sur l’écriture, n’est-ce pas là une mise en abîme impossible, illimitée, comme quand on place deux miroirs face à face, et que notre image se reflète à l’infini ? » J’avais aussi toutes les peines du monde à appréhender mon « rapport à l’écriture », notion qui constituait en quelque sorte le cahier des charges de cette chronique. Le rapport aux autres est déjà complexe, le rapport aux choses difficilement descriptible, mais le rapport aux actes, cela peut sembler insoluble. Et pour ma part, je tenais à garder dans l’ombre tout un pan de mon travail d’écrivain, pas seulement vis-à-vis des lecteurs, mais aussi de moi-même. Car j’ai l’intuition que ce qui fait un écrivain, son style, sa « patte », son originalité, c’est ce qui lui échappe. Vouloir mettre le nez dans nos propres formules, n’est-ce pas vouloir cueillir les fruits de l’arbre de la connaissance ? Et on sait où cela a mené les humains… Je ne voudrais pas trop savoir de quoi est faite mon écriture, car j’aurais peur d’en extraire certains ingrédients, dont je n’ai pas conscience, et qui en sont la base, au sens culinaire du terme. Je ne voudrais pas voir « tourner » ma prose…

Notre grimoire intérieur

Mes premières chroniques furent donc un tantinet impersonnelles. Plutôt que d’évoquer mon rapport à l’écriture, j’ai préféré deviser sur l’écriture en général. Vaste sujet… On me rappelait gentiment à l’ordre, et je m’ingéniais en pirouettes afin d’insuffler un  peu de moi dans ma prose. Il faut dire que la rédaction de ces chroniques tombait à un moment particulier, puisque j’étais en pleine écriture de mon deuxième roman, et que je rechignais à parler d’une chose inachevée. Est-ce qu’un cuisinier fait goûter un plat dont il manque la moitié des épices ? Au fur et à mesure que mes personnages grandissaient sous mes yeux et sous ma plume, je tenais à les garder bien au chaud dans l’intimité de ma caboche, de peur de les effrayer. Car, pour moi, les personnages naissent en premier. Mais leur naissance s’accompagne toujours d’une situation. Je ne crois pas au « caractère » des êtres. Ce qui fait une conscience humaine, c’est ce par quoi elle a été sculptée. Ainsi, dès mon personnage ébauché, je lui assigne une action, un événement, une aventure, bref, un mouvement qui va le transformer, et lui faire prendre toute sa lucidité d’homme ou de femme, son « âme », pourrait-on dire (mais ceux qui ont lu ma dernière chronique savent que je prends ce mot avec des pincettes…) Finalement, l’âme est pour moi inhérente au geste. C’est notre petit (ou grand) grimoire intérieur, sur lequel s’inscrivent nos actes. Et je voudrais conclure par une citation, que je mets aussi en épigraphe à mon roman, et qui exprime la chose bien mieux que moi :

« Quand la grande rivière de   fait moudre un moulin, conduit les ressorts d’une horloge, et que le petit ruisseau de ne fait que couler et se déborder quelquefois, vous ne direz pas que cette rivière ait bien de l’esprit, parce que vous savez qu’elle a rencontré les choses disposées à faire tous ces beaux chefs-d’œuvre; car si un moulin ne se fût point trouvé dans son cours, elle n’aurait pas pulvérisé le froment; si elle n’eût point rencontré d’horloge, elle n’eût point marqué les heures; et si le petit ruisseau dont j’ai parlé avait eu les mêmes rencontres, il aurait fait les mêmes miracles. » Cyrano de Bergerac (le vrai ! Pas le héros de Rostand.) L’Autre Monde ou les États et Empires de la lune

Merci à Nelly Buffon de m’avoir fait une place ici, et merci à ceux qui m’ont lu.

Découvrez : Le Chambrioleur, le livre de Damien Luce paru aux Editions Héloïse d’Ormesson en janvier 2010.

Et retrouvez : Damien Luce sur son blog pour tout connaître de son actualité d’écrivain, pianiste et comédien.

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