Comment le numérique a facilité les corrections de livres

Avec l’arrivée du numérique, modifier un livre après sa sortie est devenu bien plus facile pour une maison d’édition ou un écrivain. Faut-il s’en réjouir ?

Quand l’écrivain Richard North Patterson a appris le décès d’Oussama Ben Laden, il a certainement été l’un des rares Américains à ne pas s’en réjouir totalement. Et pour cause : dans son roman qui devait sortir en librairies deux jours plus tard, le leader d’Al Qaida était l’un des personnages principaux. Il y planifiait une nouvelle attaque – nucléaire cette fois – contre les Etats-Unis, à l’occasion des dix ans des attentats du 11 septembre 2001.  « A l’annonce de sa mort, je suis resté assis devant ma TV, totalement prostré, se souvient l’auteur. C’était comme si je voyais un train me foncer dessus, mais que je ne pouvais ni parler ni bouger. »

Richard North Patterson n’a pourtant pas tardé à réagir. Dès le lendemain, il décidait, avec son éditeur et son agent littéraire, de sortir une version du roman en numérique, totalement revue à la lumière des derniers événements. Des mots, des phrases et parfois des passages entiers furent ainsi changés. Et la nouvelle édition digitale put rapidement remplacer l’ancienne, devenue « obsolète ».

L’ « intégrité des livres » remise en cause

L’histoire de Richard North Patterson, en soi, n’est pas nouvelle. Depuis toujours, les écrivains et les éditeurs rééditent des livres quelques années après les avoir corrigés et/ou réactualisés. Voltaire, en son temps, était un spécialiste du genre. A tel point d’ailleurs que certains lecteurs, lassés par ses incessantes corrections, finirent par refuser d’acheter ses livres avant sa mort ! Non, ce qui change avec les ebooks, comme le souligne Laura Bennett, du magazine The New Republic, c’est « la vitesse et la facilité avec lesquelles on peut corriger un livre » : tandis que la nouvelle version numérique est déjà accessible, celle papier ne le sera pas avant début 2012.

Mais, poursuit la journaliste, cette évolution ne manque pas de soulever de nouveaux enjeux, comme celui de l’ « intégrité du livre ». Avec l’avènement du numérique, soutient Laura Bennett, la question se pose désormais de savoir si un roman sera jamais réellement fini, puisque le modifier est devenu si facile. Elle semble regretter cette tendance et ce pour deux raisons.

La possibilité de choisir

La première, c’est que la généralisation d’une telle pratique nous privera à l’avenir de « quelques erreurs charmantes, comme celle de Shakespeare situant, dans Le conte d’hiver, le royaume de Bohème au bord de la mer, alors qu’il se trouvait en Europe centrale ». La seconde, elle, concerne le devenir des « anciens » textes : alors que l’édition révisée d’un livre papier n’empêche pas l’original de « poursuivre sa vie de livre », l’ebook, quand il est corrigé, élimine toute trace d’existence de la précédente version. Une nuance qui fait toute la différence, car, sous-entend la journaliste, la numérisation va nous priver, à terme, d’une richesse : les versions antérieures d’un livre, qui ne sont pas forcément fausses, mais simplement plus à jour.

Richard North Patterson, lui, ne voit que des avantages à cette évolution. Et surtout un en particulier : « Le choix de pouvoir effacer toutes les preuves de vos erreurs passées ou, au contraire, d’assumer l’idée qu’un livre, une fois terminé, est gravé dans le marbre, figé à jamais. »

(d’après The New Republic)

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