Pourquoi le roman à suspense a-t-il du succès ?

Le polar est toujours plus populaire. Succès en librairies, il s’impose aussi dans les prix littéraires. Faut-il s’en réjouir ? Et surtout, comment l’expliquer ?

Selon une étude publiée récemment par Ipsos, le polar se vend moins bien que l’année dernière en France (-2 %). Mais avec 24 % des ventes, il représente toujours le deuxième secteur en matière de fiction, loin derrière le roman (67 %), mais aussi loin devant la science fiction (7 %), le théâtre et la poésie (2 % au cumul des deux).

Au Royaume-Uni, patrie d’Agathie Christie, d’Arthur Conan-Doyle et d’Ian Rankin, le roman policier fait aussi, et depuis très longtemps, un carton. Cet été, 10 thrillers faisaient partie du palmarès des 25 meilleures ventes établi par The Bookseller. Et pour le Booker Prize, l’un des plus prestigieux prix littéraires en langue anglaise, le polar fournit cet année un tiers des candidats retenus par le jury.

Un genre qui réconforte

Intrigué par la réussite d’un genre qu’il qualifie « sans surprise » (« on y retrouve invariablement des atrocités, un mystère, un enquêteur franc-tireur et une solution »), Philip Hensher, journaliste au quotidien britannique The Daily Telegraph, a tenté d’en comprendre les raisons.

Citant Ian Rankin, qui estime que les gens aiment les thrillers parce qu’ils abordent la société actuelle, ses questions, ses incertitudes et ses inquiétudes les plus profondes, il s’interroge ainsi : « [Ian Rankin] a-t-il raison ? Aimons-nous vraiment les polars parce qu’ils nous ramènent aux réalités contemporaines les plus dures ? Ou les apprécions-nous parce qu’ils concentrent des horreurs et une rédemption dans un cadre on ne peut plus artificiel ? (…) En résumé, les aimons-nous pour le réconfort qu’ils nous apportent ? »

« Une emprise excessive »

Selon Philip Hensher, la réponse est oui. Le journaliste se veut même rassurant. « Il n’y a rien de mal à vouloir se divertir de temps en temps en lisant un polar, tout comme il n’y a rien de mal à lire un roman où l’héroïne doit surmonter maints et maints obstacles pour finalement trouver son bel homme ténébreux », compare-t-il. Avant de tempérer : « L’emprise des romans policiers est excessive. (…) Il faudrait être un mauvais lecteur pour ne pas, de temps à autre, se détourner des horreurs dont nous abreuvent les médias d’information et se plonger dans une histoire où un seul homme est capable de résoudre les pires problèmes, écrit-il. Mais il faudrait aussi être stupide de ne pas aspirer à des lectures plus riches, plus profondes, moins manichéennes. »

(d’après The Daily Telegraph)

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One thought on “Pourquoi le roman à suspense a-t-il du succès ?

  1. Catherine Dô-Duc

    Steve Mosby a consacré une longue page de son blog à ce post de Philip Hensher. Il y démonte point par point l’argumentation de Hensher, et surtout, met en doute l’honnêteté de quelqu’un qui, sans doute, regrette de n’avoir pas été choisi pour la Booker Prize list… Il souligne également le fait que dans son article, Hensher ne fait preuve d’un sens de la nuance et d’une culture approfondie de la littérature policière et noire. Mettant dans le même panier le bon grain et l’ivraie !! A lire ici : http://www.theleftroom.co.uk/?p=1486
    A la suite de ce post, bon nombre de commentaires intéressants.

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