Ce Monsieur …

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7h01 : Renaître : 6 mois que cette idée l’obsédait. Tandis qu’elle buvait sa tasse de café matinale devant Télématin, elle comprit. Prise d’un sentiment de précipitation, elle se leva et alla éteindre la télévision.
7h15 : Assise à son bureau, elle réfléchissait à cette révélation. Comment à 19 ans à peine, pouvait-elle songer à cela ? Toutes les jeunes filles de son âge sortaient entre amies, avaient un petit copain, faisaient la fête, buvaient … Mais elle, non. Il fallait toujours qu’elle fasse les choses différemment. Ou plutôt que les choses ne se passent pas comme elle les avait prévues. Elle voulait renaître certes, mais pas de cette façon.
7h26 : Elle tournait en rond dans sa chambre. Cette révélation la mettait terriblement mal à l’aise. Allait-elle oser ? Non, elle ne pouvait pas. Pour elle, pour sa famille, pour ses amis, elle ne le ferait pas. Et puis elle se plaisait bien dans sa petite vie organisée. On était à deux jours de la rentrée des classes, ce n’était pas le moment de changer. Tout allait reprendre comme avant les vacances : chaque matin en se levant, elle se forcerait à retrouver le sourire qu’elle affichait en permanence pour faire bonne figure. Après s’être habillée, elle avalerait rapidement un bout de pain grillé et une demi-tasse de café avant de filer à la fac. Hypocrite ? Peut-être qu’elle l’était. Mais avec qui l’était-t-elle le plus ? Elle se disait être quelqu’un d’heureux, de « feel good » comme on dit. Elle affichait en permanence un sourire indéfectible et donnait l’air d’être épanouie. Ses copains de fac la trouvaient très équilibrée comme fille. Au fond d’elle, la réalité était tout autre. 6 mois qu’elle n’avait plus l’impression d’être elle-même. Tout avait commencé une nuit de février. Elle avait fait un rêve : elle était en train de se balader dans la forêt et quelqu’un l’appelait. « Sandra, Sandra » criait la voix. Elle se retournait et voyait un homme au loin. Mais il finissait par partir. Elle faisait ce même rêve chaque nuit, et il n’y avait pas que ça. Dans la journée, malgré une décontraction apparente, elle était mal à l’aise à l’intérieur d’elle-même. Elle se sentait suivie : une présence qui ne la quittait jamais. Cette espèce de Monsieur (elle se le représentait comme étant un homme) la gênait. Parfois même, elle avait l’impression qu’il lui tapotait l’épaule, comme pour lui confier un secret, et elle avait peur. Elle n’en avait parlé à personne : on lui aurait sûrement ri au nez, ou dit qu’elle était fatiguée. Nous vivons dans un monde où l’irrationnel effraie. Mais maintenant qu’elle savait, elle n’avait plus peur. Elle voulait simplement sauter le pas.
7h40 : Dans un accès d’impatience, elle ouvrit son armoire, et saisit un sac. Elle y mit 4 pantalons, 3 pulls, 2 tee-shirts et quelques sous-vêtements. Elle attacha ses cheveux puis enfila rapidement son duffle-coat noir et ses baskets, puis elle saisit son sac. Avant de sortir de chez elle, elle prit le soin de laisser un mot sur son bureau pour que ses parents et son frère ne s’inquiètent pas : « Mon bonheur m’attend. Je vous appellerai. Sandra. »
8h00 : Alors qu’elle marchait d’un pas alerte dans les rues de Senlis, elle regardait autour d’elle. Tout lui paraissait plus beau : les gens, les bâtiments, le sol pavés, les voitures … Elle voyait le monde avec des yeux nouveaux. Comme si quelqu’un avait nettoyé son être. D’ailleurs, ce Monsieur qui la surveillait jour et nuit, qui la suivait partout où elle allait, elle le trouvait rassurant. Elle sentait qu’il voulait la connaître plus, occuper une place encore plus grande dans sa vie. Et elle était enfin prête à la lui laisser.
8h26 : Ca y est, elle y était. Elle ne l’avait jamais réalisé jusque maintenant, mais c’était ça, le sens de sa vie : Dieu. C’était sa renaissance à elle. Elle leva la tête et esquissa un grand sourire à la vue du petit écriteau accroché au mur du bâtiment, et sur lequel il y avait inscrit : Communauté des sœurs Franciscaines.
ML.

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