Bien écrire : une histoire de famille ?

Nombreux sont les écrivains fils ou filles d’écrivain. Mais cette filiation a-t-elle une origine scientifiquement identifiable ? C’est ce qu’ont tenté de démontrer des chercheurs américains et russes.

alexandre dumas pere et fils

Dumas, père et fils

Existe-t-il une raison scientifique au fait que des écrivains reconnus ont souvent enfanté des écrivains ? C’est la question que se sont posé des chercheurs de Yale aux Etats-Unis et de l’Université de Moscou en Russie. Ils citent en exemple des générations de romanciers américains comme la famille Waugh, écrivains sur quatre générations ou encore les auteurs de best-sellers mère et fils : Caroline et Charles Todd et Iris et Roy Johansen. En France également, les exemples d’auteurs fils ou fille d’un écrivain sont nombreux. Depuis Alexandre Dumas père et fils à Yann Queffélec (fils d’Henri), en passant par Marie Nimier (fille de Roger) ou encore Justine Lévy (fille de BHL).

 Une raison scientifique ?

La première raison de cette filiation littéraire qui vient immédiatement à l’esprit est celle du réseau social du parent dont profite l’enfant. Cela se vérifie sans aucun doute. Mais des chercheurs de Yale et de Moscou ont voulu vérifié s’il n’existait pas également une raison scientifique au fait de « bien écrire ». Leur étude a analysé l’écriture créative de 511 enfants âgés de 8 à 17 ans, ainsi que 489 mères et 326 pères. Tous les participants ont écrit des histoires sur des thèmes particuliers. Pour les enfants, les sujets étaient « si j’étais un éléphant » et « si j’étais invisible », pour les adolescents « une machine à explorer le temps pendant une heure » et « rendre visite à une sorcière », enfin, pour les adultes  » le monde à partir du point de vue d’un insecte » et « imaginez qui vit et ce qui se passe sur une planète appelée Priumliava ».

Un composant familial et hérité

Les histoires ont été ensuite notées en fonction de l’originalité et la nouveauté, de l’intrigue et de la qualité, ainsi que de la sophistication et de l’utilisation créative des connaissances préalables. En Russie, les chercheurs ont également effectué des tests d’intelligence détaillées et analysé la façon dont les familles fonctionnent dans les foyers.
En tenant compte de l’intelligence et des antécédents familiaux, les chercheurs ont ensuite calculé l’héritage et les éléments de l’environnement familial liés à la création littéraire. Ils ont trouvé ce qu’ils décrivent comme un composant familial et hérité. Ce composant constitue selon eux une part modeste, mais statistiquement significatif de l’écriture créative.

Ouvrir le champ des possibles

Mais ce que cette étude ne dit pas, c’est si les enfants de parents non écrivains peuvent seulement imaginer que le métier d’écrivain est à leur portée. En effet, les enfants sont souvent attirés par les métiers qu’ils connaissent et donc en particulier par ceux de leurs parents. Rien d’étonnant à ce qu’un fils de militaire devienne militaire ou qu’une fille de médecin devienne médecin elle-même. Mais est-ce que cela vient d’un facteur scientifique ou plutôt de la culture familiale qui prête aux enfants les qualités et les aptitudes de leurs parents ? Et dans ce cas, comment aider un enfant à ouvrir le champs des possibles, afin de lui permettre d’envisager le métier qui lui plaît vraiment, plutôt que celui qui tombe sous le sens en raison de ses antécédents familiaux ?

Sur ce sujet retrouvez la chronique de Marianne Jaeglé, chroniqueuse pour enviedecrire.com : J’aimerais écrire mais je n’en ai pas le droit

Vous pouvez également lire la chronique de Martin Winckler : Qui a le droit d’écrire ?

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