Avec Apple, tout le monde paie

Toucher 30% du prix de vente de chaque livre développé pour être lu sur un de ses outils : c’est l’objectif d’Apple. Mise en oeuvre de cette nouvelle politique : juin 2011…

Les explications d’Alain Beuve-Méry dans un article publié par le quotidien français Le Monde :

Etes-vous « in App » ou « out App » ? C’est la question qui agite actuellement tous les acteurs du livre numérique, qu’ils soient libraires en ligne, éditeurs ou diffuseurs. Petit rappel : en France, le marché du livre numérique, qui pèse moins de 1 % du chiffre d’affaires de l’édition, reste très balbutiant. Mais c’est pour l’essentiel grâce aux ventes d’iPad, la fameuse tablette numérique d’Apple, qu’il commence à se développer.

Commençons par une explication à l’usage de tous ceux qui n’utilisent pas les outils de cette multinationale. Qu’il s’agisse de l’iPad, de l’iPhone ou de l’iPod Touch, les livres numériques peuvent être vendus de deux manières : soit dans l’App Store, la boutique en ligne d’Apple ; soit par l’intermédiaire d' »applications » hébergées par Apple mais développées par des acteurs extérieurs.

Jusqu’à présent, les ventes réalisées hors App Store étaient libres de toute commission. Or, à compter du 30 juin 2011, tous les concepteurs d’applications dédiées à l’iPad, l’iPhone ou l’iPod Touch devront passer par le système d’achat intégré d’Apple. Dans le domaine des livres, cela signifie qu’ils devront utiliser la librairie « iBookstore » d’Apple qui, au passage, prélèvera sa dîme de 30 % sur chaque transaction.

Aujourd’hui, sur les 300 000 applications que compte l’App Store, 50 000 (soit une sur six) sont relatives au livre numérique. Face à cette profusion, le magasin menaçait de se transformer en un vaste débarras et la décision des dirigeants d’Apple peut s’interpréter comme une manière de remettre de l’ordre. Mais cette mesure – prise pour la première fois aux Etats-Unis à l’encontre de l’application de livres électroniques de Sony – constitue aussi le plus sûr moyen d’éliminer la concurrence. Aux Etats-Unis comme en France, ce ne sont pas en effet les usagers mais les libraires en ligne qui sont visés.

Outre-Atlantique, cela cible Amazon, leader sur le marché du livre électronique avec son Kindle, qui, en tant que vendeur de livres, a développé des applications compatibles avec l’iPad. Dans l’Hexagone, cela touche au premier chef la Fnac, présente sur l’App Store et qui a lancé sa propre liseuse, Fnacbook, en novembre 2010. Les grands de la distribution se livrent une triple bataille concernant les boutiques en ligne, les appareils et les contenus.

A côté des libraires en ligne, plusieurs plates-formes de distribution de livres numériques indépendantes – ePagine, Mobilire, mais aussi Eden Livres, qui regroupe Gallimard, Le Seuil et Flammarion, et le site Izneo, qui réunit les huit principaux éditeurs de BD franco-belge – sont aussi concernés. Ils ont reçu un courrier d’Apple les informant du changement de leur politique commerciale.

Pour les éditeurs français, la situation est très inconfortable : soit ils cèdent aux injonctions d’Apple, soit ils engagent un bras de fer, en organisant par exemple un boycottage du magasin de la firme à la pomme. « Si on donne 30 % à Apple, on ne pourra plus rien reverser aux libraires », reconnaît Régis Habert, directeur général d’Izneo. Mis en place il y a un an, ce site présente le premier catalogue de BD en ligne. Il comprend plus de 2 000 nouveautés et propose la location, à partir de 1,99 € et l’achat, à partir de 4,99 €, d’albums accessibles en lecture directe pour les internautes. Cette offre est disponible sur ordinateur, tablette ou téléphone portable et est accessible par l’intermédiaire des sites des libraires.

Plusieurs autres aspects de la politique commerciale d’Apple sont aussi dénoncés, car la firme se montre très directrice sur les prix et pudibonde sur la censure. Il est ainsi difficile de commercialiser des BD où sont représentées des scènes de nu. Et sur le magasin d’Apple, Izneo n’a pas le droit, par exemple, de développer un « stand » dédié à l’univers de Lucky Luke.

(Article écrit par Alain Beuve-Méry pour Le Monde, 24/02/2011)

Lisez la suite de cet article  : Apple veut faire payer libraires et éditeurs

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One thought on “Avec Apple, tout le monde paie

  1. Daniel Nolet

    Sachant tout cela, j’imagine aisément que le prix des livres numériques subira une hausse que les lecteurs devront payer. Merci Apple ;~`(

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