Ariel René

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Ariel n’est pas une lessive.
Ariel est un homme, un vrai.
Ariel a une vie calme.
Quand dit-on que les gens ont une vie calme ?
Quand ils sont à crever d’ennui, voyons donc !
Ariel est un grand calme. Ariel est un immense ennui à lui tout seul.
Que dire d’Ariel ? Rien. Arrêtons-nous là d’ailleurs puisqu’il n’existe que si peu.
Je n’ai plus rien à vous mettre sous la dent.

Sauf que, sinon pourquoi en parler ?, Ariel a un talent. (Une parenthèse s’impose, celle qui explique l’origine d’Ariel en maillot de bain. Ariel est réincarné depuis 36 ans. À remonter ses vies depuis 1979, jusqu’à l’an 1407, le fil est aquatique. Une vie de nageur soviétique a succédé à une vie de maître d’hôtel sur un paquebot américain, qui succédait elle-même à un fou furieux poète assoiffé de cures thermales, etc etc etc jusqu’à tomber sur son incarnation animale : la carpe japonaise à rayures vert fluo. La parenthèse est close.)

Ariel le raseur est une sirène.
Il subjugue les foules, quand il disparaît dans l’eau chlorée de n’importe quelle piscine. Il ondule mieux qu’une contorsionniste.
Il se transforme.
Il est un mythe en plein Paris.
Un homme sans écailles pourtant.
On cherche la queue de poiscaille,
On n’y trouve que le velu sombre et tendre de l’homme moderne.
Il chavire tous les cœurs, tous les sexes y passent.
Ce n’est pas seulement tout doux roudoudou pour Ariel le barbant.
Il sourit bien entendu.
À pleines dents, oui oui !
Mais, tout le monde se retourne sur lui.
C’est gênant.
Comment nager correctement ?
Son programme en pâtit.
Il a donc pris le pli, malin comme un singe, de toujours se rendre au même établissement.
Il est connu comme le loup blanc.
Il y est comme dans son moulin.
Tranquille Bill.
Il n’est jamais bien énervé Ariel.
Ariel le calme.
Échoué sur son quotidien chaud et moelleux.
Ariel salue tout le monde et tout le monde le salue.
Il continue d’éberluer les nouveaux-venus.
Les autres jettent un coup d’œil de temps à autre.
Pour le plaisir.
Pour l’amour du travail bien fait.
Pour l’accomplissement esthétique.
Peut-être même que certains viendraient exprès pour contempler.
Ariel l’assommant n’y pense pas.
Il cligne de l’œil ou donne un signe de tête.
Il n’en tire pas de gloire.
Il est dans la droite lignée de tous ses êtres.

Ne pourrait-on pas croire que la pilosité d’Ariel brise le mythe d’une sirène parisienne ? On pourrait. Et croyez-moi, il n’en est rien. Ariel fait fureur comme il est.

Quand il repart chez lui, il sent un petit, gentil, vague-à-l’âme. La vie est trop parfaite.
Dans la rue, il marche. Personne ne le remarque. Personne ne le voit donc ? On a déjà oublié la sublime créature. Il se fait souvent écraser les souliers par les passants ou donner un coup d’épaule rageur.
Il se faufile,
alors.
Et chez lui, il dort, lit et rêve.
Solitaire.
Calme comme après l’amour.

ClemHo

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