100es souvenirs d’une victoire amère

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Ne rêvaient-ils pas, après tout cet espoir dépensé ? Non. Le voile de cette nouvelle inattendue ne tarda pas à recouvrir la région, le canton et enfin, le village. Les cloches de l’église le confirmaient bien, et sonnaient comme jamais auparavant. La lavandière, la factrice, tous les habitants sortirent dans les rues et stoppèrent leurs activités. Le beau temps participait à la liasse populaire, bien que la température de ce mois de novembre ne soit pas très élevée. Ça n’était pas important, tous se mirent à marcher bras dessus, bras dessous pour fêter ensemble cet heureux évènement. Plus ils avançaient, plus la foule grandissait. La cour de récréation de l’école pourrait accueillir tout le monde. Après tant de troubles, de souffrances et de tyrannie, ils se devaient de fêter la paix retrouvée.

Juliette et Jeanne apportèrent des nappes pour les tables. Il n’y avait pas grand-chose à manger, mais le fait d’être réunis dans cette atmosphère joviale et sereine suffisait à tous, pour se sentir mieux. Le vieux pépé Henri sortit son accordéon et se mit à jouer « Retour des Hirondelles ». Il n’avait pas joué cette musique depuis un certain temps, d’où quelques fausses notes qui s’avéraient inévitables. Les petites de Mariette se mirent à tourner en rond au son de la guinguette. Leurs robes encrassées par le travail au champ, tournoyées et semblaient retrouver leur éclat originel. Gustave, Léon et d’autres anciens entamèrent une partie de pétanque, et se querellèrent comme par le passé. Le sourire de la jeune Isabelle était fortifié par l’espoir de revoir son époux. Elle écrivait tous les jours à son soldat en espérant à chaque fois, une réponse de sa part. C’est par courrier qu’elle lui avait annoncé qu’il allait devenir père, c’est par courrier qu’elle lui avait appris qu’il aurait un fils. C’est également par courrier qu’elle lui avait appris qu’elle l’avait appelé Antoine, comme lui. Aujourd’hui, elle lui écrirait son empressement de le revoir. La tante Ernestine qui ne souriait plus depuis le commencement des conflits finit par se rendre à lafête avec un visage toujours aussi dévasté. On lui dit alors qu’aujourd’hui personne ne devait être triste, car un jour de fête est heureux. La tante Ernestine releva doucement la tête et pour la première fois depuis quatre années, elle arbora un léger sourire, entouré par des crevasses que de si nombreuses larmes avaient creusées. Elle mit la main dans son grand panier en osier, en sortit du pain, plusieurs pots de confiture et une bouteille de vin qu’elle réservait pour l’occasion. Toute l’assemblée l’acclama et l’accueillit en la prenant par le bras. Ils la firent tournoyer et danser. Ouh doucement ! s’écria-t-elle, je n’ai plus 20 ans. Tous s’esclaffèrent la bouche pleine.

Rien n’aurait pu noircir les couleurs de cet euphorique tableau champêtre. Pourtant, au coin de la rue, un messager fit son apparition. Armand avait passé sa matinée sur la route et ne savait pas ce qui se passait au village, bien qu’il ait entendu les cloches de l’église sonnaient. Sûrement un baptême, s’était-il dit. Il s’approcha de l’assemblée avec un sourire gêné, comme lorsqu’on arrive en retard à une fête. Le maire l’accueillit à bras ouverts et lui apprit la bonne nouvelle. Armand lui donna le message et fut convié à participer aux festivités. L’élu prit son laguiole et ouvrit l’enveloppe. Avec un air neutre, il regardait l’assemblée comme s’il voulait s’assurer que tout le monde était présent. Les villageois se retournèrent pour chercher le regard du maire, mais ce dernier était ciblé en direction de la jeune Isabelle. Il lui apprit que l’enveloppe lui était destinée. La jeune Isabelle s’empressa de s’avancer et de prendre connaissance de la lettre que lui tendait le maire. L’assistance euphorique contemplait avec sérénité la scène. Isabelle lut quelques lignes et comme si mille lames de couteau l’avaient transpercée, elle s’écroula de chagrin dans la seconde. C’était Antoine.

Nicolas Soulages

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